Le serment

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Le serment

Message par Jorik le Sam 2 Déc - 19:37

La bête ramenée vive par le jarl est posée sur le flanc, devant l’autel. Elle secoue sa tête ornée de deux splendides cornes dont l’enroulement rappelle son âge et sa force. Elle roule des yeux furibonds et se convulse dans le vain espoir de se débarrasser des liens qui emprisonnent ses pattes. Elle sent la mort venir, elle s’affole, mais c’est un combat qu’elle a déjà perdu.

Sur le socle de l’autel, les crânes-trophées des démons et des non-morts terrassés par le clan ont été soigneusement disposés et intercalés pour l’occasion avec des bougies neuves. L’air embaume la cire d’abeille et le parfum des herbes rituelles qui brûlent dans le braséro de la table sacrée. Sur la grande dalle de granit nue sont également présents des objets moins usuels : une branche de sapin couverte d’aiguilles, une large coupe de bronze, une dague d’acier simple, un petit pot de céramique, une carafe et un gobelet en étain. La suivante d’Ymir Eydis vérifie rapidement que tout est prêt pour la cérémonie, que chaque objet est à sa place. Si les rites nordheimir sont simples, c’est parce qu’ils sont dépouillés du décorum tant apprécié des peuples du Sud, pour ne conserver que les mots et les symboles essentiels. Celui-ci a pourtant une saveur toute particulière pour la mystique, car c’est l’évènement le plus important en date pour la petite tribu qui l’a recueillie sur ces terres d’exil et qui lui a permis de retrouver le chemin des traditions de son peuple.

Chaque membre du clan, depuis les chasseurs jusqu’aux serviteurs, est rassemblé devant le temple. Eydis ouvre la cérémonie, un sourire ravi perçant au travers du masque solennel qu’elle s’efforce de conserver. Elle appelle le Père du Gel à tourner son regard vers ses fils et filles et à se faire le témoin de leurs paroles. Elle attrape le petit pot et se retourne vers le jarl et la volvä qui se tiennent debout derrière elle, côte à côte, soigneusement coiffés et vêtus de fourrures douces et d’étoffes soignées. Prélevant un peu de la mixture couleur cobalt que la poterie contient, elle s’approche de l’Aesir puis de la Vanir pour tracer Ōþalan sur leur front, complétant de ce dernier signe le marquage runique qu’ils arborent sous leurs vêtements au rythme de la psalmodie du rituel sans doute aussi ancien que le Nordheim lui-même.

Un chasseur du clan s’avance pour saisir le bouc par les cornes et le contraindre à tendre le cou, tandis qu’Eydis troque la peinture contre la coupe et la dague. L’arme perce la gorge de la bête immobilisée et le sang jaillit pour se déverser dans le réceptacle, aspergeant l’autel au passage. Elle se relève avec le liquide sacrificiel précieusement recueilli et y plonge la petite branche de sapin, pour projeter cérémonieusement par son intermédiaire de fines gouttelettes rouges sur le chasseur et la mystique, aspergeant au passage le premier rang de spectateurs, invoquant la bénédiction des esprits par ses mots et ses gestes. Elle invite ensuite le duo à s’échanger les objets choisis comme symboles du serment. Pour une fois, aucune arme n’est transmise, mais la rupture par rapport aux traditions ne surprend pas la suivante d’Ymir. Sur ces terres où tous sont égarés loin de leur patrie, nul héritage n’est à transmettre, seulement l’espoir d’un avenir plus solide. Ainsi, chacun se contente de passer autour du bras de l’autre, juste au-dessus du coude, un cercle d’argent soigneusement ouvragé.


La volvä tire alors d’une manche une petite fiole de verre scellée à la cire, et Eydis s’efface pour la laisser approcher de l’autel avec le jarl. Sans cesser ses litanies, elle observe la Vanir décacheter la fiole et déverser au fond du gobelet quelques gouttes du liquide sombre qu’elle contient, puis tend la dague sacrificielle à l’Aesir, qui s’en empare fermement pour s’entailler légèrement la base de la paume gauche avec et faire couler un peu de son sang dans le verre. Elle reprend ensuite l’arme pour la passer à la rousse qui réitère le même geste, mêlant son héritage à celui du blond et au fluide noir bleuté. Le duo se recule d’un pas et la suivante d’Ymir reprend sa place devant l’autel, levant les bras paumes tournées vers le masque de pierre colossal pour prendre une nouvelle fois le Père du Gel à témoin, frémissant d’une légère tension. Elle attrape ensuite la carafe et observe brièvement la surface de l’hydromel conservé dedans avant de remplir le gobelet de cette boisson si particulière dans les coutumes nordheimir. Elle élève enfin cette coupe à boire au-dessus de sa tête, pour la présenter au visage d’Ymir, puis se retourne pour la montrer à l’assemblée, avant de la tendre à portée du jarl.

Il déglutit et récupère le récipient pour boire à petites gorgées, solennellement, une part de la boisson rituelle. Eydis remarque le bref éclat qui passe dans le regard bleuté de l’Aesir alors qu’il donne le gobelet à la Vanir. Celle-ci boit à son tour, sans hésiter, avec la même lenteur rituelle, et la même lueur éclaire ses prunelles gris acier lorsqu’elle rend le verre vide à l’officiante. Ne cherchant plus à masquer son sourire, elle le récupère et le retourne pour montrer à tous qu’il a été vidé, scellant le rituel d’une dernière phrase, prononçant sans hésiter les mots de pouvoir, les injonctions auxquels répondent chacun leur tour, la voix grave et tranquille du jarl et celle ferme et assurée de la volvä.


Sous le regard du Père du Gel, sous les yeux de leurs frères de clan, ils sont désormais unis.
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Jorik

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