Thilde

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Thilde

Message par Aminata le Mar 21 Nov - 16:45


Ils sont là, planté devant le lit, constatant le carnage, faisant mine de ne pas être incommodé par l'odeur, mais la vérité, c'est que la puanteur est telle qu'elle a vu un des plus jeune sortir et rendre son déjeuné. Un vieux avec une tête effroyable la tient par l'épaule, sa grosse patte comme un étau dont elle ne peut se dégager, et pour cause : cette gueule cassée là, c'est le forgeron du village, et toute la journée, il bat le fer rouge à un rythme régulier. Lui n'est jamais venu voir sa mère, les bras chargés de cadeau, ou de tonnelet de bière, et pourtant, il n'a pas de femme ! Mathilde le connaît, cependant ; elle l'a croisé plusieurs fois dans les bois, à la chasse, en plein cœur de l’hiver, quand tous sont retranchés dans leurs huttes pour échapper au froid. Malgré son œil mort, l'épaisse citatrice qui déforme sa bouche et laisse voir ses dents, la petite l'aime bien. Il n'est pas comme les autres bavards qui noient les gens dans un flot de parole.

Le Jarl est contrarié : sa grosse moustache blonde tressée frémit de colère contenue. A qui va-t-il porter ses peaux miteuses maintenant, quand il voudra s'allonger sur une autre que sa grosse femme, puisque la mère de Mathilde n'est plus. C'est qu'il la visitait souvent, et que, cacher à l'arrière de la maison, la gamine l'entendait grogner comme un ours. Longtemps, elle avait cru qu'il faisait du mal à sa mère, et puis, petite fouine silencieuse, elle s'était glissé pour l'espionner. Grandir dans la nature apprend très tôt des choses que les petits citadins ignorent longtemps. Contrariée, l'enfant à moitié sauvage s'était dit qu'elle aurait bientôt des frères et sœurs, mais le ventre de sa mère ne s'alourdissait pas comme celui des biches après la venue du cerf. Pourquoi alors tout ces hommes venaient-il s'accoupler avec mère ? Patiente, elle avait observé, et finit par déduire que ce devait être une activité agréable pour les humains, même si ça leur faisait souvent des visages hilarants. A aucun moment cependant, elle n'avait posé de questions, ni ne s'était faite surprendre.

La semaine précédente, alors qu'elle rentrait de la chasse avec deux beaux lièvres et un marcassin, elle avait vu trois hommes sortir de la hutte, des types à la chevelure rousse qu'elle ne connaissait pas. D'instinct, elle s'était cachée, et avait attendu qu'ils disparaissent. Elle s'était glissé dans la hutte sans bruit, redoutant les jurons de son ivrognes de mère après leur départ, mais rien n’était venu. Elle avait mis ses lapins a rôtir, et était sortie dépioté le marcassin. Quand l'odeur du lapin lui avait chatouillé les narines, elle était revenu, sur de trouver la vieille a attendre sa part d'une chasse qu'elle ne méritait pas. Mais la encore, rien, aucune trace de la mystique alcoolique qui était devenue catin. Elle avait trottiner dans la chambre, et l'avait découverte ainsi exposée, sur le dos, ouverte comme un poisson du bas ventre jusqu'au sein, nue, et les cuisses ouvertes. Malgré son regard devenu vitreux, elle affichait une expression de stupéfaction douloureuse un rien cocasse. La gamine avait pensé qu'elle avait bien fini de lui voler sa nourriture et avait repris sa petite vie, ne touchant à rien. Jusqu’à la venu du Jarl.

C'est le vieux Sven qui l'avait pistée et rattrapé. Présenter devant le Jarl, elle n'avait répondu à ses questions que part des grognements, et quand il avait menacé de la frapper pour lui délier la langue, le forgeron s'était mis en colère, clamant qu'une gamine de huit ans n'avait pas la force de commettre une telle atrocité. Ils se trouvaient tous rassemblés devant le cadavre, maintenant, parlant, parlant encore et encore, dans un brouhaha incompréhensible, et la main du vieux pesait lors sur son épaules. Tout a coup, elle fut arraché du sol, et avant d'avoir pu se débattre, elle se retrouvait assise sur le bras du vieux, calé contre son flanc. Lui ne disait rien, mais la voix du Jarl tonna dans ses oreilles.

« Tu vas aller vivre chez Sven, Thilde. Il veut bien te prendre sous son toit, et s'occuper de toi, puisque tu n'as plus de famille. Quand tu seras décidé à nous dire ce qui s'est passé, tu viendras au Skald avec lui, d'accord ? »

Bien sur que non, elle n’est pas d'accord. Elle a huit ans tout de même, elle sait se débrouiller toute seule, et surtout, elle n'a pas besoin qu'on la porte comme un bébé. Elle tourne la tête pour se retrouver nez à nez avec le vieux, et son œil unique, son expression mauvaise. Quelque chose lui dit que lui au moins ne la forcera pas à parler, ni ne lui fera mettre de stupide jupe. Elle enroule ses bras autour de son cou, instinctivement, sans dire un mot.

C'est ainsi que Thilde parti vivre au village, et dormit pour la première fois dans un vrai lit.
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Aminata

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Re: Thilde

Message par Aminata le Lun 27 Nov - 11:18


La tête posée sur l'oreiller, Mathilde se laissait soigner, docilement, les yeux secs. Depuis bientôt quatre ans, elle avait prit l'habitude des crises de son époux, et des discours qui s'en suivaient. Les grosses pattes du vanir courraient sur ses reins avec une dextérité sans pareil, appliquant l'onguent cicatrisant qui endormait la douleur, alors qu'il marmonnait dans son dos qu'elle aurait pu éviter ça, qu'il était bien forcé de la corriger quand elle se rebellait, que c’était elle qui le poussait à se conduire ainsi. Cette fois, il l'avait fouettée parce qu'elle n'avait pas baissé les yeux assez vite ; une soirée banale dans la hutte de Borgar.

Quatre ans plus tôt, Mathilde se préparait à ses noces, elle allait entrer dans sa seizième année. Pour tout le monde dans le clan, elle était devenue la fille du forgeron, et avait poussé de belle manière pour une enfant quasi sauvage. Elle parvenait à s'exprimer correctement, se montrait toujours joyeuse, mais elle restait prompte à la colère. Le vieux Sven ne comptait plus les fois ou il avait du envoyer sa fille à la forge battre le métal bleu pour la calmer. Elle avait fini par marteler le métal des étoiles avec un talent dont il n’était pas peu fier. Mais surtout, elle possédait aujourd'hui une grâce, une finesse dans les traits de son visage et ses petits poignets que les autres asgardhiennes n'avaient pas.

Comme tous les matins, elle était partie chasser sur le bord du glacier pour faire bouillir la marmite, seule, non loin de là ou s’était élevée la hutte de sa mère aujourd'hui démolie. Il ne restait qu'un petit tumulus sous lequel reposait la chaman alcoolique, enfin en paix. Elle avait suivit les traces d'un chamois dans la neige immaculée, et son arc à la main, elle finit par arrêter sa course à la sortie d'un bosquet, apercevant la tache de sang dans la neige immaculée. Comme le soleil qui s'y reflétait pouvait aisément brûler un regard, elle s'accorda le temps de fouiller sa besace pour y trouver les lunettes de bois fendues qui atténuaient la réverbération. Les deux mains, comme des serres d'aigle immenses s'abattant sur son épaule la glacèrent d’effroi.

Elle se déroba aussitôt, abandonnant à son agresseur sa pelisse de fourrure pour faire volte face, mais comme si il s'y attendait, l'homme balaya son pied d’appui, la faisant chuter son le dos, sur le lit de glace, l'arc à la main. Elle le banda bien avant de comprendre qui était l'assaillant qui se tenait la dans la neige, la surplombant de son immense stature, se penchant dans une rotation du torse afin de saisir le trait mortel qu'elle lui destinait, ainsi que l'arc. La flèche parti pourtant, ne fendant que l'air. Il pu alors tomber sur elle de tout son poids, lui coupant la respiration, mais c'est la quelle compris. Sa chevelure rousse flamboyait dans les rayons du l'astre matinal, sa barbe, ornée de perles d'argent ouvragées, était soigneusement tressée, ses yeux verts étaient habité d'une lueur vivace de désir malsain, lui conférant l'air du plus féroce des prédateurs. Une cicatrice verticale achevait de rendre son visage effrayant, trace d'un poignard évité des années plus tôt, et qui avait épargné son œil par miracle. Elle voyait un Vanir pour la seconde fois de sa vie. Elle ignorait encore que celui contre lequel elle luttait deviendrait son époux.

A cet instant, l'issue du combat était déjà décidée, mais la jeune fille luttait quand même, en vain, pour le plus grand plaisir de son assaillant. Il eut tôt fait d’assujettir ses poignets dans une seule main, se moquant pas mal des coups de tibia qu'elle lui envoyait, fouillant sous ses fourrures de sa grosse patte rugueuse à la recherche d'une arme, pensait-elle. Ce n'est que lorsqu'il arracha ses braies qu'elle comprit ce que l'homme lui voulait. Le cri de terreur qui s'échappa de sa gorge résonna dans les montagnes, et fut accueillit d'un coup de tête qui la sonna à moitié. Au désespoir alors qu'il allait parvenir à ses fins, elle lui saisit l'oreille, et se mit à mordre avec l’énergie du désespoir. Le coup de poing qu'il lui colla dans le ventre la fit lâcher, alors que le goût du sang envahissait sa bouche. Bien loin de calmer l'homme, cela décupla sa fureur, et il se mit à la cogner, vicieusement, dans les cotes. Ce n'est que lorsqu'il fut sur qu'elle ne bougerait plus qu'il pu enfin finir son œuvre monstrueuse, poignardant son ventre de sa virilité. La douleur fut telle qu'elle en perdit conscience.

Lorsqu'elle pu enfin ouvrir à nouveau les yeux, une odeur acre envahit ses narines, faite de fumée et de sang mêlés. Elle n’était que douleur, ficelée comme un rôti, sur la selle d'un cheval. Seulement tenter de respirer lui aurait arraché un cri, s'il ne l'avait pas soigneusement bâillonnée. Les hurlements des femmes et les pleurs des plus jeunes assourdissaient ses oreilles, et c'est à travers ses larmes qu'elle eut la vision brouillée des corps pendus, éviscérés, de Sven le forgeron et du Jarl. Les larmes jaillissaient de ses yeux comme ses hurlements étouffés par le bâillon, énervant la monture sur laquelle elle était juchée, attirant l'attention monstre aux mains ensanglantées qui revint vers elle. Il saisit ses longs cheveux presque blanc pour la forcer à regarder la scène de carnage, murmurant à son oreille, d'une voix extraordinairement grave :

« Perds tout espoir, femme. Aujourd'hui, tu es l'esclave de Borgar Ivarson. Et c'est parce que je te surveille et que je te convoite depuis des jours que j'ai monté ce raid sur ton village. »

Après six mois d'esclavage, de coups, de viols, et de mauvais traitements, Borgar lui avait proposé de l'affranchir, à condition qu'elle accepte de l'épouser. La jeune fille devenue femme avait eu l’impulsion de refuser, et puis, il avait changé du tout pour le tout. Il se montrait affable, la complimentant sur son travail, sur sa beauté qu'il avait veillé à ne pas altérer. Il savait donner les coups pour ne pas laisser de trace, et provoquer un maximum de douleur. Il faisait montre d'un certain raffinement dans la cruauté. Il savait surtout briser sa volonté au fil du venin qu'il distillait à ses oreilles, lui ayant imputer la mort de tout son village, et surtout la responsabilité des mauvais traitements qu'il lui infligeait. L'Aesir vivait dans l'angoisse permanente de le voir rentrer, de renverser une timbale, de ne pas parvenir a ôter une tache de sang sur la manche d'une chemise, ou encore, de ne pas avoir l'air assez enjouée quand il l'attirait sur ses genoux.

Le changement d'attitude de son bourreau finit par la convaincre qu'en temps qu'épouse, il la traiterait mieux, elle qui avait depuis longtemps renoncé à s'enfuir après trois tentatives infructueuses. A la dernière, il avait éviscéré une de ses servante devant elle, pour la punir, et Mathilde, qui ne voulait plus que personne ne meurt par sa faute, n'avait plus jamais essayé. Elle avait épousé, devant tout son clan, et de son plein grès. Et des leurs noces terminées, il s'était remis à la battre., mais d'une manière subtilement différente, moins brutale, plus insidieuse. Ainsi, presque quatre ans après son enlèvement, elle s'agenouillait de manière volontaire, et recevait les coups de fouets sans crier. Après chaque séances, il la soignait avec une infinie patience, érodant sa volonté de ses paroles mielleuses, lui donnant le bain comme à une enfant, pour la laisser ensuite s'endormir dans ses bras. La gentille et docile Mathilde savait alors lui sourire, mais n'en ourdissait pas moins de plan funestes, le cœur gorgé de haine.
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Re: Thilde

Message par Aminata le Jeu 30 Nov - 10:55


Il fait bon dans la hutte, et il y flotte un parfum de ragoût et de feu de bois, mêlé à la cire d'abeille. A la première bouffée d'air qu'on y inspire, on est frappé par l’impression de confort et de propreté. C'est que Mathilde a fait les choses en grand, prévoyant une soirée exceptionnelle ; Elle a mis sa plus belle tunique, ou du moins, celle Borgar préfère lui voir porter dans l'intimité, une pièce magnifiquement brodée qu'il lui a ramené d'un raid. Elle a remonté sa lourde chevelure blonde en queue de cheval, et s'est paré de ses bijoux les plus précieux. Mais avant cela, elle a consacré des heures à astiquer, et à cuisiner, mijotant de longues heures durant un civet de lièvre aux champignons dont elle seule possède le secret. Elle guette anxieusement le soleil qui descend, sachant pertinemment que, plus Borgar rentre tard, plus il est saoul, et quand il est prit de boisson, les choses se compliquent extraordinairement. Elle a dressé la table, tirer le vin, chauffé la bassine pour les draps, et veillé à ce que tout soit parfait. Elle ne veut pas qu'il trouve le moindre prétexte à ses petit jeux cruels. Cependant, le soleil disparaît, l'obscurité s’installe, et le Vanir ne rentre pas.

Mathilde est au comble de l'angoisse quand la porte s'ouvre enfin, et elle se dresse d'un bon, le cœur battant, détaillant l'humeur du rouquin sur son visage balafré. Il lui apparaît sombre, et sobre, un mélange redoutable qui ne va pas forcement arranger ses affaires. Sur la place, les allées et venues ont depuis longtemps cessé, il est tard. Elle ferme soigneusement la porte derrière lui, luttant contre une bourrasque hivernale, et le débarrasse de sa cape en peau de loup, alourdie par les première neiges. Elle évite de lui demander des comptes quand à son retard, il a horreur de devoir se justifier, et file vers la cheminé afin de pousser le feu, mais il l’attrape par la main. Elle se fige, et se retourne, le visage inquiet, parvenant à peine sourire. Il l'attire à lui sans peine, et la prend dans ses bras tel que le ferait n'importe quel mari aimant, feignant de ne pas voir sa réticence, ne pas ressentir le léger tremblement qui s'empare de son corps entier. Il saisit son menton de deux doigt, plongeant son regard de renard vicieux dans celui, pâle, de la fille du gel. Il prend même le temps d'un baiser, qui déstabilise complètement Mathilde. Quelque chose ne va pas.

« Je reviens de chez la Volva Mathilde, je sais tout » Un frisson glacé lui parcourt la colonne vertébrale, mais elle n'avoue rien. La Volva aurait-elle eu la vision de ses projets ? Et le cas échéant, aurait-elle mis Borgar en garde ? Elle chasse aussitôt cette idée de sa tête. S'il savait, il sera déjà en train de la massacrer. De toutes façons, elle a bien prit garde à suivre le marchand itinérant longtemps après qu'il soit sorti du village. Chacune de ses tentatives de fuites lui a appris beaucoup, même si Borgar l'a toujours rattrapée, et elle est bien certaine que personne ne l'a vu discuter avec le Zamoréen. Elle relève les yeux vers son époux, tremblant légèrement, et balbutie qu'elle ne comprend pas. Lui pose la main sur son ventre, maussade, presque triste, et elle blêmit devant cet expression qu'elle ne lui connaît pas. Désemparée, elle ferme les yeux, posant le front sur son épaule, le cœur battant, attendant pour savoir ce qu'il a bien pu trouver pour la tourmenter.

« Je n'ai rien vu, rien deviné...Et pourtant rien ne m'aurait rendu plus heureux et fier. Depuis que nous sommes mariés, j'attends que tu m'annonce que tu portes un enfant...Mathilde...est-ce à cause de moi que tu l'as perdu ? Tu ne m'a rien dit, tu as porter ce fardeau seule...Pourquoi Mathilde ? Si tu avais parlé, tout aurait changé, je t'aurais traité comme une reine. » Alors il sait...Bien sur, la Volva a deviné, à la voir se traîner pliée en deux, en sang, quand la voisine a couru la chercher. Elle ne lui a rien dit simplement parce qu'elle ne s'en ai rendu compte qu'au moment de sa fausse couche. Elle prend soigneusement les tisane, utilise de petites éponges de mousse, et fait tout ce qu'elle peut pour éviter les grossesses. Elle s'est bien juré de ne jamais lui offrir la joie d'être père. Elle a su étouffer le premier dans son ventre, qu' Ymir la maudisse, sans qu'il ne se doute de rien. Quelques coups de pieds bien placés ont suffit à avoir raison du deuxième. Elle évite d'affronter son regard, sachant qu'en cet instant, il pourra lire toute la haine qu'elle dissimule dans le sien, mais il faut qu'elle réagisse.

« Je te demande pardon, Borgar » Les mots sont sortis tout seuls, comme un automatisme acquis au fil du temps, d'une voix légèrement enfantine. Une goutte de sueur lui coule dans le dos. Elle connaît le rituel, sait ce qui vient ensuite, mais ce soir, c'est différent. L'excitation et la terreur lui bloque la gorge. Si il commence à « jouer », à la battre, il ne mangera que tard dans la nuit, mais surtout, elle n'aura peut être plus la force de faire ce qu'elle a prévu, et si bien planifié.Il saisit son menton, et la force à soutenir son regard ; l'expression de prédateur qu'il lui réserve éveille en elle l'instinct de la proie, et lui donne la force de répondre, mais pas tout à fait comme l'homme l'entend. Il se méfie soudain. Elle doit se montrer plus rusée que lui.

« Je mérite d'être punie pour cette faute, mais je t'en supplie Borgar, après le repas. Je me suis donné beaucoup de mal pour te faire plaisir. Laisses moi te montrer à quel point je peux être une épouse attentionnée, et après, je te le jure, je me laisserais punir, je m'offrirais à tout ce que tu voudras. » Comme elle quémande, elle peut sentir les grosses pattes du Vanir venir agripper ses fesses, et les caresser fermement. Cela, au moins, ne la dérange plus et la rassure un peu. En quatre ans, elle a apprit à accommoder des faveurs de son mari ; dans ce domaine la au moins, il sait se montrer aussi brillant que dans la torture. Mais quand il commence doucement, c'est souvent bon signe. Elle appuie ses paroles d'un regard ambiguë, puis se hisse à ses lèvres, venant l'embrasser tendrement. Quand le rouquin claque sa fesse, elle sait qu'elle a gagné, mais elle ne montre aucune joie, face à ce léger triomphe. Elle court le servir, copieusement, et regarde l'assiette hésitante ; Si elle la lui sert, il n'y aura aucun retour possible. Mathilde n'est pas une tueuse. Elle l'entend grogner son prénom comme on claque un coup de fouet. Elle se hâte de la servir, puis s'assoit face à lui, le regardant avaler chaque bouchée, le sourire aux lèvres...Borgar ne mange pas, il dévore les trois lapins qu'elle a sacrifié à son plan.

« Il est vraiment bon, tu t'es surpassée. » Oh oui, elle lui sourit, avec cette douceur qui lui est propre. Ainsi l'alchimiste itinérant n'a pas menti ; le poison n'a absolument aucun goût. Elle admire son appétit qui le pousse, cuillère après cuillère vers une mort certaine, et lui sert une dernière choppe d'hydromel, avec même qu'il la demande. Une nouvelle fois, il la saisit par les hanche, la gardant contre lui, fait une pause dans son funeste repas pour l'admirer. Mathilde lui renvoie l'image d'une femme radieuse, en pensant qu'il n'aura pas sa place au grand banquet, qu'il est en train de mourir comme un lâche, récoltant ainsi les fruits qu'il a lui même semé en son cœur. Elle imprime dans sa rétine le visage de cet homme comblé, la cicatrice qui lui barre la figure, sa barbe rousse qu'elle a tant de fois tressée, et passe la main dans sa chevelure de cuivre qui ne présente pas encore de fil blanc, malgré ses quarante ans. Sur son front, une goutte de sueur vient d’apparaître. Sa bouche s'orne d'un sourire rare chez lui, sans vice ni méchanceté, pour une fois. Elle se trouble. Est-ce la mort proche qui l'adoucit tant ?

« Pas de punition ce soir pour ma petite femme. Tu as gagné. Tu vois, quand tu veux, tu sais t'y prendre comme il faut ? Je t'aime, Mathilde, je ne demande pas mieux que d'être doux avec toi.» Il se lève, avec un soupir, comme un poids sur sa grande carcasse, marchant d'un pas moins assuré vers le lit, dans lequel il tombe plus qu'il ne s'allonge. Il est bien en sueur maintenant, et Mathilde ne s'attendait pas à ce que ce soit si rapide. Se rend-t-il seulement compte qu'il est train de mourir ? Au lieu de le rejoindre, comme elle le devrait, elle se dirige vers le grand coffre, ou il garde bijoux et objet de valeur. Elle saisit une besace de cuir et commence à transférer ses richesses. L'entendant remuer, elle se retourne vivement, mais il n'a pas bougé : il la dévisage d'un œil devenu vitreux, et l’appelle, d'une voix faible. Elle lui sourit à nouveau, tendrement, et s'adresse à lui d'une voix douce.

« Toi aussi, tu as gagné, mon époux...Tu vas crever comme le chien que tu es. Et je vais partir dépenser ta fortune, aux bras du premier homme jeune et vigoureux que je trouverais. Et je te jure que je vais t'oublier, et que personne n’honorera ni ton nom, ni ta mémoire. Puisses-tu souffrir dans la mort, comme tu m'a fait souffrir dans la vie...Je te hais depuis que tu m'a prise dans la neige, la toute première fois, et si je ne me suis pas donné la mort, c'est bien pour vivre cet instant précis, ou je verrais ton agonie. » Il lève vers elle une main comme une serre, qui retombe presque aussitôt. Satisfaite, elle mordille sa lèvre, et lui adresse un sourire éclatant, en enfilant sa tenue de chasse. Ses sacs sont fait, et elle n'emporte que le stricte nécessaire. « Je sais que tes amis vont se lancer à ma poursuite dés qu'ils trouveront ton corps, mais j'aurais au moins 24 heures d'avance, et aucun n'a tes talents de pisteurs. Tu m'as bien appris, tu sais ? Mais ce qui me remplit le plus de joie, c'est que tu meurs dans l'indignité, et que tu n'auras pas ta place au grand banquet. »

A peine dix minutes plus tard, elle est a l'écurie, et détache les deux chevaux. Elle a étouffé le feu, soigneusement fermé la maison. On les croira à la chasse. Elle s'élance dans la nuit, le cœur léger.
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