Chroniques de la danseuse

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Chroniques de la danseuse

Message par Eliania le Mar 17 Oct - 14:38

Tempête du désert

C’est le vent et le sable qui l’ont charriée jusque-là.
Elle rugit, emporte tout sur son passage.
Les murs craquent, le bois vole, la vaisselle s’échoue contre les murs d’une bourrasque rageuse.
Tous les petits objets à sa portée ne résistent pas à la tornade qui les envoie valdinguer, les plus gros bougent mais ne décollent pas.

Elle mugit à l’attention de l’auditoire silencieux qui attend dans un coin que ça passe.

Ils commencent à me faire chier !
Ils commencent à me faire VRAIMENT chier !


Heureusement que les chopes et tasses sont d’un bois solide. Les unes après les autres elles partent violemment à la rencontre d’un des murs de la pièce.

Ils croient quoi?!

D’un coup de pied, la chaise devant elle recule en grinçant contre le bois. Elle tend la main pour attraper le premier objet qui passe à sa portée.
Le vide... juste du vide sous ses doigts. Ca l’exaspère encore plus et la chaise reprend une poussée furieuse.

C’est le chaos, l’œil du cyclone qui rugit dans l’espace clos, dans sa tournoyante colère, la danseuse manque de balancer son pied contre un braséro, mais une main arrête ce dernier avant qu’il ne renverse braises et flammes sur le tapis.

Elle sait au fond d’elle que le geste est légitime mais il la rend encore plus furax qu’elle ne l’était déjà. Elle hurle sur l’individu au bout de la main qui fait preuve d’un stoïcisme à toute épreuve. Il sait contre qui sa rage est dirigée, il faut que ça retombe.

Si elle pouvait tout faire brûler sans y laisser des plumes, elle l’aurait surement fait.

Ils vont voir si ça va se passer comme ça.

Embrassant d’un regard la confusion de la pièce, la danseuse s’assied sur le bord de la table en bois massif, les pieds dans le vide qu’elle balance en réfléchissant.
Le tourbillon semble s'apaiser, bercée par sa respiration et le calme olympien de l’entité qui veille.

Elle prend une grande inspiration et relève la tête, un sourire pernicieux au coin des lèvres.

Je crois que j’ai une idée.
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Eliania

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L'embrasement m

Message par Eliania le Mar 7 Nov - 14:44

Le soleil décline et elle avance sans se presser vers la taverne. Ses pieds s’enfoncent dans le sable mouillé par la rivière qui serpente et se sépare au croisement.

Il y a quelques clients encore attablés sous le porche qui la regardent passer l’air curieux.
Elle sourit mais ne les voit pas. Elle a trop de choses en tête, et un besoin irrépressible de mettre les pieds sur la table.

Elle gravit en quelques pas les escaliers et pousse la porte qui la sépare de son objectif de ce soir.

Ilkar lui lance un grand sourire à son arrivée et vient l'accueillir avec force de grands gestes. La dernière fois l’a vraiment impressionnée on dirait…

“Ilkar, je suis venue danser”

Il en a l’air heureux, son établissement est plein, ce fera une belle soirée, un beau bouche à oreille si la prestation plait.
Mais… il n’a pas encore de quoi payer le prix qu’ils ont convenus ensemble.

“Je m’en fou, celle la est cadeau. J’en ai besoin.”

Il hoche la tête, un truc gratuit ca se refuse pas.

La danseuse n’attend presque pas son approbation de toute façon et prend la direction d’une des chambres à l'étage .
Elle jette son sac sur un lit et en sort un tissu rouge qu’elle ceint à sa taille d’une lanière de cuir bardée de grelots.
C'est la couleur qui ira le mieux à l’humeur. Elle veut sentir le vent sur sa peau, les regards sur elle, elle veut…

Elle jette rageur un autre bout de tissu sur le lit, d'un ton beige pâle, noué par un serpent en métal dont la fraîcheur lui donne la chair de poule quand elle s’en pare et bloque les pans de l'étoffe.

Elle fouille dans son sac et en sort une myriade de bracelets. Mila en fixe un nombre égal à chaque chevilles, puis à chaque poignets… plus que d’habitude, beaucoup plus que d’habitude, mais cette danse aussi sera plus cathartique que d’habitude.

La blondinette inspire profondément une fois habillée, porter cette tenue l’investi toujours d'un pouvoir particulier.

Le son de ses pieds nus ainsi parés d’ornements cliquetants résonne dans les escaliers lorsqu’elle redescend dans la salle principale.
Certains se sont tus, certains chuchotent, beaucoup ont penché la tête pour voir de quoi il retournait .
Elle embrasse la salle du regard, sans réellement la voir. Elle fixe un instant son attention sur une seule personne au fond de la salle.

À part celle ci, qui d’autre est dans la salle? Elle ne saurait probablement pas le dire, et pire, elle s’en fou. Elle danse pour elle ce soir.

Elle pose un pied sur le bord de la table la plus centrale, ce qui ramène son genou contre sa poitrine dans un bruissement de bracelets et de grelots. Le type assis à côté d’elle penche légèrement la tête pour profiter de la vue. Elle penche la tête à son tour vers lui pour lui décocher son plus beau sourire assorti d’un clin d’oeil, réflexe primaire de danseuse.
Sans élan, d’une contraction musculaire, elle se hisse sur le bord de la table dans un équilibre qui pourrait sembler précaire.

Seul le bout de ses pieds est sur la table, et c’est dans cette posture qu’elle ferme les yeux, le temps que les rires deviennent murmures, que les éclats de voix se transforment en chuchotements.

Le silence ne règne pas sous la chevelure blonde. Le monde a disparu, il n’y a plus qu’elle, la table, et l’incendie qui couve.

La danseuse pousse sur ses orteils en extension, juste de quoi faire vibrer les bracelets. Les talons redescendent dans le vide une fois, deux fois, trois fois..., pour marquer la souplesse et l'équilibre dont elle sait faire preuve. Juste pour se tester, avoir cette sensation d'être sur la corde raide un instant, la chute inévitable retardée par 10 orteils au bord du gouffre. Le chute inévitable retardée par un caractère de feu, par le brasier qui l'empêchera de sombrer.

Bling...bling... bling

L’attention est conquise et conquérante.
Mila lève un pied, maintenue seulement par cinq orteils, et vient le claquer d’un coup sec devant elle sur la table.
Jamais elle ne touchera un verre, une assiette ou un plat sur la table sauf à ce qu’elle veuille l'envoyer valdinguer.
Elle claque à nouveau son pied sur la table et monte doucement les mains, en faisant tourner ses poignets, pouce et index joints.
Elle frappe à nouveau pour déclencher un froissement des bracelets et plie légèrement le genou pour balancer ses hanches et faire tinter la ceinture.
Un tour, deux tours, un claquement sur la table et c est l’autre pied qui prend le relai.

Un pas en avant et le regard se fait passion, les bracelets tintent, les hanches frémissent et se balancent sur un rythme qu’elle imprime du talon.
La pointe du pied se pose et elle ondule bassin, hanches, ventre, les mains au dessus de la tête ou devant elle.

Elle ira lentement jusqu au bout de la table comme pour attirer, le regard se fait amour, désir, passion brûlante.
Une fois les talons au bord de l’autre bout de son estrade, au moment d’en descendre, la danseuse fait volte face, La surprise teinte son visage, puis la peine, et la douleur.
Elle glisse sur la table, pose un genou, se relève et semble courir après quelque chose d’invisible qui lui échappe d’un bout à l’autre de sa scène.

Elle étouffe parfois un bracelet entre ses doigts pour casser le rythme, se jette en avant, tombe brutalement devant l’un des convives pour passer ses mains autour de son cou et mimer une embrassade avant de s’enfuir avant qu’il n’ait pu réagir.
Son regard n’est que douleur, qui ne cadre pas avec le sourire qu’elle renvoie dans sa dance effrénée.
Celui qui regarde au delà du bout de chair virevoltant aura surement autant de mal à respirer qu’elle.

Et c est haletante qu’elle ralenti à nouveau le rythme pour revenir au bout de la table, talons dans le vide face à l’assemblée.

Extension sur les chevilles pour sonner son glas, le regard est triste, le sourire s’efface et elle tend une main devant elle.
Quand elle se laisse tomber en arriere, au moins un de la tablée c est précipité en avant en espérant rattraper sa main. Mais il n’aurait jamais pu.

La danseuse se laisse tomber sans un bruit et avant de toucher le sol se cambre brutalement pour aller poser ses mains en premier et faire partir ses pieds au dessus de sa tête dans une cabriole agile.

Elle repose les pieds au sol apres son poirier maîtrisé et s’arrete un instant.
Le regard est colère, elle est haletante, une pellicule de sueur recouvre tout son corps. Mila jette encore un œil sur la salle qui semble chercher à savoir si elle en a terminé.
Elle leur donne la réponse en courant vers une nouvelle table, l’assourdissant bruit des bracelets qui s’entrechoquent s’arrête dans un dernier fracas quand elle saute à pieds joints sur une nouvelle table.

Elle se redresse lentement, tête basse épaules rentrées, mains pendantes.
Ses pieds impriment un mouvement rapide, des petits pas sur place. L’onde se déplace le long de son corps et ce sont ses hanches qui suivent le mouvement saccadé via des mouvements légers et rapides qui font vibrer ses chairs et tinter les grelots. Ses mains montent le long de son corps, le frôlant de ses doigts, jusqu’à sa poitrine oú elle les étend brusquement sur les côtés en relevant sur la salle un regard embrasé.

La suite de la danse est un combat, une lutte acharnée contre l’invisible.
La danseuse se bat, se débat sur sa table et entre les convives.
Elle brûle et son aura dégage un maelström de sentiments qu’elle renvoie brutalement dans les esprits de ceux qui regarderont au delà de ses fesses qui remuent.

Le rythme est fou, la respiration se fait sifflante, elle perd cette bataille.
Des larmes perlent au bord de ses yeux, les bijoux répondent avec rage sur la table et elle virevolte encore et encore…

Jusqu'à l’epuisement, jusqu'à ce que dans un dernier râle ses jambes ne la portent plus et qu’elle s’ecroule dans une dernière ronde, repoussant une chope de la main pour retenir sa chute. Le silence se fait brutalement.

De n’importe où dans la salle on peut voir qu’elle est épuisée. Son coeur bat à tout rompre, ses poumons cherchent désespérément l’air. Elle suffoque à genoux sur sa table, étouffe un sanglot et glisse jusqu’au bord pour en descendre les jambes tremblantes pendant que les convives lèvent leurs verres pour la laisser passer.

Elle n’entend plus la salle, elle ne saurait même pas dire si quelqu’un a applaudit ou non.
Elle s’est retournée sur l’homme du début pour lui glisser quelques mots :
“Tu voulais savoir ? Voila ce que je veux.”

Et s’est retournée vers Ilkar pour lui dire qu’elle lui prendrait une chambre ce soir.
Elle doit se reposer.








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Re: Chroniques de la danseuse

Message par Eliania le Ven 1 Déc - 16:51

Brumes

Ses mains délicates se déplacent dans les volutes comme pour les attraper. Ses doigts jouent avec la brume de la hutte et volètent dans la pièce suivant ses pas qui glissent sur les tapis.
Ses long cheveux jouent avec l’espace, caressent sa peau nue, libèrent le dragon de son rideau blond.

Le spectateur silencieux ne quitte pas la danseuse des yeux, l’exhibition doit avoir une portée chimérique dans cet écrin de fumée.

Quand elle pose un sourire sur lui, il ne perçoit plus que deux fins cercles verts dans son regard assombrit. Ils ne parlent pas, l’atmosphère est trop chargée pour ça.
Initiée, elle danse, quand il ne peut plus que fixer son regard sur elle, paralysé, fasciné.

Elle oscille avec langueur, les gestes sont mesurés, lents. L’étoffe vaguement enserrée à sa taille accompagne ses mouvements avec un temps de retard, les grelots de la ceinture tintent sur un rythme paresseux. La danseuse ondule avec nonchalance et volupté, d’un élan qui part des chevilles, se diffuse dans les hanches avant d’entraîner les épaules.

Les bracelets alourdissent l’air d’un écho de carillon qui entre en résonnance avec leur discernement.

Ses poignets tournent doucement au-dessus de sa tête, dégageant le brasier qui serpente le long de ses côtes. L’unique braséro diffuse un halo de lumière vacillant sur les flammes de la danseuse.
Elles s’animent tant qu’elle se consume et le dragon étire ses ailes sur ses omoplates, prêt à prendre son essor.

Tu es revenu finalement?


Mila caresse l’air devant elle du plat puis du revers de la main avant de l’ouvrir pour y poser un regard bienveillant, la tête légèrement penchée sur le côté. Ses lèvres s’étirent sur un léger sourire tandis qu’elle continue de se mouvoir, suivant sa main des yeux.

Non, tu sais bien que je refuse de t’écouter pour ça. Je ne les brûlerai pas tous.

Elle suit sa perception d’une inclinaison de tête, hausse une épaule, accompagne la courbe de sa nuque du bout du doigt, comme si une ombre glissait de son poignet à son cou et s’y enroulait pour lui susurrer des secrets.

Ne boude pas, tu sais très bien que tu m’as manqué.


Un frisson électrise la danseuse et elle tournoie sur elle-même pour rattraper son démon, les émotions qui filtrent sur son visage sont diffuses. Ardente exaspération, humeur dégradée.

Tu essayes de me faire passer un message ? Suis moi je te…


Elle bloque soudainement sa foulée pour reprendre son ballet lascif, dos à son observateur.
Ses paupières sont closes, le rictus est moqueur, taquin, mutin.

Je ne t’entends plus.

La danseuse tressaille, comme mordue et jette un regard par-dessus son épaule dénudée.

Lui ? Je ne l’ai pas mangé tout cru parce que….parce qu’il ne m’emmerde pas.


Elle danse depuis un moment, l’air est moite, la respiration se fait haletante. La vision se perd, elle porte sa main à son front perlé de sueur. La chorégraphie s’engourdit, ses mains et ses pieds se désynchronisent douloureusement, le débat plonge la blonde dans une certaine torpeur.

C’est toi qui me l’as dit, personne ne sauve personne.
Il ne me sauvera pas, ni lui, ni un autre.


Elle abandonne un genou à terre, pantelante et finit par s’assoir. La respiration se fait sifflante, sa poitrine se soulève péniblement et elle hisse une main à hauteur de son visage pour chasser une image importune d’un mouvement harassé.

Tu as gagné, va-t’en.


Elle s’affaisse en arrière et vient se lover, recroquevillée, entre les bras de l’homme placide.
L’étreinte rassurante se referme sur son corps exténué, ils sombrent progressivement dans un sommeil confus et embrumé.

Va-t’en.
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Re: Chroniques de la danseuse

Message par Eliania le Mer 7 Mar - 9:20

On y est… maman.
On y est.
Ce moment où je dois devenir toi. Ce moment où je dois me montrer fière, digne, devenir la reine entre les murs, récupérer ton port de tête, menton relevé, le regard dur, fier, qu’aucun ou presque n’osait soutenir.

Je dois… contenir. Contenir la rage, contenir le sang, contenir le brasier que tu sais, que tu connais.
Je dois… me souvenir, réapprendre, me glisser dans ta peau.

Tu me manques.

Je suis allongée là, à moitié sur cette paillasse, à moitié sur les cuisses de cette salope de garde-chiourme qui croit m’avoir en distillant le froid et le chaud.
Elle me caresse les cheveux comme tu le faisais maman, elle me chuchote des mots, elle voudrait que je dorme. Mais tu n’es pas là, toi ou elle, ou eux. Alors mon esprit vogue et divague.

Il faut que je me remémore…  ton visage… la manière dont tes lèvres restaient scellées et les silences que tu distillais qui voulaient dire bien plus que les mots qui franchissaient cette barrière.
Le ton, sa sonorité, son timbre, sa musique.
Si grave, si ferme, si dur. Les rires étaient pour moi.
Les sourires étaient pour moi. Le monde n’avait que ton ombre.

Je dois devenir cette ombre.

Donner, accepter, plier le genou.
Mais comme toi, comme tu le faisais toi, avec cette superbe. Elles avaient toutes le regard terne, vide, mais pas toi maman. Tu étais la souveraine de ta prison.

Il a posé sa marque, il veut probablement me briser, mais tu seras ma volonté maman.
Je me souviendrai de chacun de tes pas, de chacun de ces gestes que tu portais sur ceux qui venaient t’arracher temporairement à moi. J’alimenterai la flamme de ce désintérêt qui te retenait parfois, de cette lassitude de leurs jeux et de leurs personnes.
Je soufflerai les braises de l’ardeur qui m’anime en imaginant ce que tu aurais fait.

J’attendrai mon heure, mon moment, maman.
Celui où tu m’aurais glissée une dague dans la main, où tu m’aurais regardée avec ce sourire, avec cet orgueil, avec cette passion.
Où tu m’aurais dit « sa vie ou la tienne Mila, toujours la tienne ».

Et tu m’aurais regardée me débattre avec sa mort, tu m’aurais admirée regagner le contrôle sur ma vie. Ensuite, tu ne m’aurais rien dit, on a jamais eu besoin de ça.

Et tout serait fini, alors tu disparaitrais, tu t’effacerais, mais pas sans un dernier regard, un dernier sourire, ta main quitterait la mienne.
Et quand je poserais mon regard sur cette main, l’incendie reprendrait.

Je le regarderais brûler, maman.
Je l’embraserai, maman.
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