Yssis, dans le ventre du serpent.

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Yssis, dans le ventre du serpent.

Message par Aminata le Ven 13 Oct - 9:02

Il est parfait... Les yeux brillants de la jeune prêtresse caressent le marbre gris du temple devant lequel s'alignent les esclaves, la tête basse, les mains jointes, dans cette posture de soumission qu'elle leur a apprit à adopter. Ils ont bien travaillés ; l’entrelacs de serpents d'or s'élève droit vers le ciel, et pour la première fois depuis son arrivée dans cette immense prison désertique, elle se sent apaisée. La vue de l'autel de Set, dans la pureté de ses lignes, la ramène à sa destiné : servir sa volonté.

Tout à été si brouillé depuis son arrivé, comme si deux femmes se disputaient la place en elle, l'une attachée à son esprit, et l'autre à son cœur. Elle s'est senti fracturée, abandonnée, impuissante à comprendre et changer son destin. La petite fille voulant grandir, éclore jeune femme, se révéler dans sa douceur et sa sensualité s'est vu presque étouffée par l'avènement de la prêtresse privée de magie, sèche, amère, enfermant tellement de colère en elle. Puis il y eu Mila, qui rodait autour elle, cherchant à définir si la Setite représentait une menace, ou une alliée.

Mila aurait pu être une sœur, elle aurait pu la guider sur les chemins de sa propre féminité. Elle admirait son aisance, cette faculté qu'elle avait à plier les hommes à sa volonté, dénuée de scrupule comme de pudeur. Mila l'avait protégée contre ce porc qui entendait abuser d'elles deux. Elle s’était laissé briser, elle était ressortie plus forte de cette épreuve, et n'en parlait jamais. Alors Yssis aussi se taisait, et pourtant...Et pourtant, elle aurait aimé lui confier tant de choses, tant de ressentit, ses premiers émois comme elle se serait épanchée avec sa mère. Emitet lui avait soufflé à l'oreille que Mila était dangereuse, et en écho, Set avait approuvé. Alors Yssis avait gardé pour elle ce creux qu'elle ressentait quelques fois dans son ventre en songeant à l'homme au masque, elle avait menti sans en rougir quand Mila la questionnait. Elle ne s'en était sentie que plus seule encore.

Car il y avait Emitet, son masque, son merveilleux professeur de vie. Set lui soufflait à l'oreille qu'Emitet était lui aussi un serpent, tortueux, fluctuant et avisé. Yssis l'admirait, autant qu'elle désirait ses caresses, mais elle l'avait déçu...Elle se répétait, à chaque fois qu'elle l'évoquait, qu'elle avait manqué quelque chose de mystérieux, qu'elle ne comprenait pas, mais qui avait poussé Emitet a l'abandonner, quand elle avait tant besoin de lui. Alors elle avait fermé son cœur, et mentit, encore et encore, a qui voulait l'entendre, jusqu'à se persuader elle même qu'elle n'en voulait pas. C'est ainsi qu'elle s'en était ouverte à Loknar, cet homme voué au service de Set par la force.

Elle avait prié pour une réponse, mais curieusement, le serpent s'était tu, et lui avait imposé une leçon de vie. Elle avait fait confiance à cet homme de la main noire, et il l'avait meurtrit dans sa chair. Elle avait alors étouffée la jeune fille en son cœur, et laissé parler la prêtresse. Set savait, et Set n'aimait pas que les hommes la touchent. Elle n’était pas sa mère, elle n’était pas Mila, elle ne savait pas comment les faire danser à la baguette.

La prêtresse aujourd'hui est plus riche que la jeune fille d'hier. Elle a Krog, et elle a Gorath. Elle est gardienne de leur secret, à tous deux. Oh bien sur, elle a vaguement conscience que l'un comme l'autre aiment à poser les yeux sur ses hanches lorsqu'elle marche devant eux. Mais ils ne la touchent pas. Ils respectent les murs glacés qu'elle a érigé autour d'elle. Ils la protègent comme un objet précieux, comme la jeune égérie du dieu Serpent qu'elle est, et qu'elle se doit de rester. Set ne dévore-t-il pas les faibles ?

Aujourd'hui, la prêtresse admire ce temple, qu'elle a fait ériger à ses esclaves. Oui Set est un maître exigeant, mais il l'a satisfaite. Il a fait jaillir un bouclier entre ses mains, qu'elle posait sur la stèle ensanglantée. Il a distingué Gorath. Elle remonte la file d'esclave soumis, en pensant au guerrier sombre, et à l'homme qu'elle a croisé chez lui. Un vieillard Mitradite...l'incarnation de la faiblesse et de l'impuissance, distillant son venin aux oreilles de son élu. Cela ne se peut. Elle se raidit rien que d'y songer. Elle va devoir prendre des mesures. Ses pas s’arrêtent devant un grand stygien. D'un geste, elle renvoie les autres au travail, et glisse sa main sur la nuque de l'homme, la ou est tatoué un nœud serpentin, comme sur chacun des travailleurs forcés qu'elle utilise. Avec la plus grande douceur, elle accompagne l'homme qui s’allonge sur l'autel, les yeux perdus dans le regard étrange de la prêtresse, comme fasciné. Elle enjambe, alors que celui ci ouvre sa chemise, et dépose ses bras en croix, un sourire béat aux lèvres. Elle caresse se torse offert, elle sent entre ses jambes le désir de l'homme s'éveiller, alors qu'elle ondule doucement, comme le cobra sortant du panier, scrutant ce regard d'animal idiot et plein de dévotion que lui accorde l'homme. Il demeure béat, lorsqu'elle plonge sa dague dans sa poitrine pour lui en extraire le cœur qu'elle dépose encore fumant sur l'autel. Elle couverte de sang. Il lui faut vite aller se laver, avant que Krog se réveille. Il ne doit pas la voir ainsi...
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Re: Yssis, dans le ventre du serpent.

Message par Aminata le Mer 18 Oct - 9:41

Comme une odeur d'épice au nez de l'enfant affamé, le vent vînt déposer Diounis un beau soir devant la porte d'Yssis, en guenille, assoiffée, avec ce masque d'incompréhension douloureuse qui voile le visage de tous les nouveaux exilés. Un peu plus âgée qu'elle, plus petite, la peau brune, les cheveux courts, Diounis et la prêtresse n'avaient en commun que leur sang, et leurs croyances. On pourrait penser que cela ne représente pas grand chose, mais sur les terres d'exils, c'est un peu trouver en l'autre son foyer, sa patrie.

Sans même réfléchir, Yssis lui ouvrit aussitôt sa maison, la nourrissant, la parant d'une tenue digne et solide, pour la protéger du desert, et enfin, les deux jeunes femmes commencèrent à échanger. Calfeutrées derrière les tentures du salon, pour se prémunir des oreilles espionnent qui ne trainaient jamais loin, elles partagèrent leur infortune, elles prirent le temps de se découvrir, de secrets en souvenirs, et du rire aux larmes. Diounis s’effaçait devant la noblesse d'Yssis, et la jeune princesse respectait l’expérience de son aînée, ramenant sans cesse les deux jeunes femmes sur un pieds d'égalité.

Ce ne fût qu'au petit matin que toutes deux s'inclinèrent devant l'évidence : elles n'allaient pas se séparer. Elles érigeraient ensemble le plus beaux des temples à Set, bâtiraient au bord de l'eau un foyer pour Derkheto. Elles feraient renaitre la grande Stygie dans ce désert, l'une prêtresse du Serpent, et l'autre, honorant sa catin adorée.
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Re: Yssis, dans le ventre du serpent.

Message par Aminata le Jeu 19 Oct - 9:29

La nuit qui changea tout.


C'est agacée qu'Yssis s'en retourna chez elle après la soirée de Gorath. Tout ces manquements, cet irrespect, ces barbares s'adressant à elle comme à une femme du commun ! Et Mila qui avait traité une prêtresse de Derketo de pute, quand celle-ci tenait plus de la sainte.... Cela lui avait glacé le sang. Elle avait mesuré à cet instant la distance entre ces gens, ces exilés et elle même. Une innocente enfermée au milieux de la racaille, voilà ce qu'elle était. Et ce vieux bougre de Solaris qui avait osé poser la main sur elle... Elle avait fixé sa gorge, vu la veine qui y battait, elle avait désiré son sang. Gorath ne se rendait pas compte, il était soldat. Mais elle, Yssis, princesse de Stygie, et prêtresse du serpent, n'avait pas à se commettre avec ces sauvages.... Elle avait essuyé plusieurs affronts, qu'elle n’était pas prête d'oublier.

Des qu'elle le pu, elle se mis en route, flanquée de Diounis et de cette grande sauvage rousse et irascible, la vendeuse de miel du nom d'ada...quelque chose. Pour se calmer, elle allongea sa foulée, semant les deux autres pour un éphémère moment de solitude. Elle en avait besoin. Sa haute stature et ses longues jambes la portèrent bien vite en avant, et, aussitôt après avoir posé un pied sur le plateau de l'oasis, elle su que quelque chose n'allait pas. La danseuse du patio avait disparue. Une clameur montait du temple. Les feux y rougeoyaient bien, mais elle n'apercevait pas la vestale. Son cœur se mit a bondir dans sa poitrine, mais plutôt que de se précipiter au temple, elle grimpa jusque dans sa chambre, enfiler son armure. C'est, par le balcon, qu'elle aperçu la scène qui vint la glacer d'horreur.

Le temple est maculé de sang, le corps désarticulée de la vierge gisait sur le marbre poli, l’œil de Set, rougeoyant, semblait la fixer par delà les esclaves massés et terrifiés. L'espace d'un instant, ses oreilles se mirent à bourdonner, elle demeura figée, l'épée à la main. Le temple, Son temple...Une vague de haine venue des tréfonds de son âme vînt alors la submerger, la poussant dans les escalier, vers le meurtre, vers l'affront, vers le blasphème et la souillure. Son temple ? Elle bouscula Diounis et la rouquine, courant vers l’autel, vers la foule tremblante des asservis qui ne purent que s'écarter devant la fureur de l'enfant couronnée prêtresse.

Alors qu'elle regardait, pétrifiée par l'horreur, la vestale égorgée sur le marbre, elle entendit, dans la foule, le récit anonyme des événement. Saddur assommé, un assassin masqué de petite taille, se battant avec plus agilité que de force, le constat de l'entaille sur les chevilles de la victime qui avait du l’empêcher de fuir. La vestale avait contemplé sa mort, elle l'avait vu venir. Le cœur de la prêtresse se sera-t-il, ou devint-il de pierre lorsqu'elle trouva le mot, ignoble, abandonné sur le corps ?
tu n'es pas digne

Quoi, tout cela, souiller son temple, prendre une précieuse vie, pour lui faire passer un abérant message ? Les murmures et clameurs, la main douce de Diounis sur son épaules, tout se mêlait dans son esprit, sous l’œil de Set, sous son jugement.

tu n'es pas digne

Le prêtresse se leva lentement, le feuillet au bout de sa main, alors qu'en elle enflait la tempête. A son poignet, l'ignoble bride qu'ils portaient tous avait repris sa forme de serpent, sous le flambée d'émotion de la jeune sorcière, sous la puissance de son sang Acheronien qui s'éveillait.

tu n'es pas digne

C'est vers l'étrangère qu'elle tourna sa colère, l'épée jaillissant dans sa main. Elle ne parlait plus, elle hurlait, elle commandait, tel qu'elle y était accoutumée. Elle lui aboya des ordres, un message pour le nord, et la rousse cimmérienne, calmement les enregistra. Elle colporterait le message, avec la plus grande rigueur. Quand au sud, elle allait s'en occuper elle même.
tu n'es pas digne

Elle pu enfin envoyer Diounis se reposer, la prêtresse ne lui était d'aucun secours, de même que les esclaves. Elle se mit a frotter le marbre, elle même, pétrie de haine, sous l’œil du serpent. Le goût du sang dans la bouche, chaque parcelle de son âme appelant au Djihad. Chaque passage de la brosse arrachait un morceau de son humanité, pataugeant dans le sang de la vierge sacrifiée. C'est a Set qu'elle avait des comptes à rendre, aucun de ces animaux qui parcouraient ces terres n’étaient apte à la juger.

tu n'es pas digne
L'assassin recevrait la mort, c’était la seule punition possible pour un tel blasphème. Cette précieuse vie gaspillait appelait au Djihad, il n'y avait aucune autre solution. Qu'aurait fait Sahyd ? Qu'aurait fait son père, le démon ? Le herault de Set ?  Elle ne se rendait pas même compte que le sang qu'elle frottait maintenant n’était plus celui de la vestale mais le sien, qui coulait de son poignet, par la morsure du bracelet transformé en serpent d'or. Et alors qu'elle hurlait sa rage vers le ciel, agenouillée sur le marbre dans son propre sang, les yeux levés vers la statue de Set et derrière elle, les ruines de l’Achéron, son père, le démon, lui adressa une réponse.
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Re: Yssis, dans le ventre du serpent.

Message par Aminata le Lun 23 Oct - 10:35



Yssis redresse son torse, en nage, ses longues mèches couleur de nuit collées à sa peau blanche, le souffle court, les yeux exorbités, cherchant à percer les ténèbres environnantes. Elle distingue les contours du corps parfait de l'esclave enchaîné au pied de son lit, dont la respiration régulière lui parvient, comme une litanie rassurante. Il dort, épuisé d'avoir danser pour elle toute une partie de la soirée. Machinalement, elle porte la main à sa gorge en feu, et sort du lit, nue, dans la moiteur de la nuit ; elle a soif. Elle se glisse le long de l’escalier dans la battisse endormie, aussi légère qu'une plume, saisit son poignard au passage, et pousse avec prudence la porte de la cuisine, risquant un œil à l’extérieur. Il n'est pas rare que des animaux s'aventurent jusque sur la terrasse, après s'être abreuvés à l'Oasis.

La lune, haute dans le ciel, éclaire le point d'eau de ses rayons blafards, jetant des lueurs bleutées sur la peau de la jeune fille alors qu'elle se glisse dans l'eau, s'immergeant totalement, sans hésiter. Les quelques brasses qu'elle effectue apaise la tension de son corps haletant, avant qu'elle ne se hisse sur le quai, ou les bougies se sont depuis longtemps éteintes, consumées. Elle s'allonge, laissant le vent chaud de la nuit venir caresser sa peau, comme les mains douces d'un amant délicat, cambrant ses reins dans un soupir langoureux, alors que, avec les étoiles pour seuls témoins, elle laisse toute sa sensualité s'exprimer.

Elle a encore rêvé. Profitant de son esprit endormis, quelque démon s'est encore glissé en elle, lui imposant ces images floues, maculées de stupre et de sang. La proximité des ruines de l’Achéron ne lui laisse pas une seule nuit de répit. Elle est encore une toute jeune enfant, dans le grand palais de marbre blanc, et elle se souvient d'avoir brisé le délicat automate que sa mère lui a fait parvenir d'aquilonie, subissant les terribles remontrance de son père. L'immense stygien n'a pas besoin de lever la main sur sa fille pour susciter sa terreur, il lui suffit d'hausser le ton. Pourtant, c'est lui qu'elle cherche, de pièces vides en salle de garde, afin qu'il rassure ses terreurs nocturnes. Elle entend la voix de son père grogner, elle pousse avec difficulté la lourde porte de bois renforcé des quelques centimètres qui lui permettent de se glisser dans la chambre de celui ci.

La lueur des braseros jette sur le corps parfait du grand stygien des ombres fantastiques, agenouillé derrière la fille nue qu'il retient par les cheveux. Yssis se glisse derrière une tenture, sans bruit, ne comprenant pas la scène à laquelle elle assiste. Papa dresse une esclave ? Le visage de la femme semble baigné d'un plaisir trouble, hors de la compression de l'enfant. Peut-être lui enseigne-t-il la religion, ou l'histoire, car il lui parle de sacrifice, et de roi sorcier, alors qu'il la gratifie de violent coups de rein. Lorsqu'il se penche sur la jeune femme avec un grognement bestial, la petite fille le voit glisser sa main libre sous la gorge tendue, provocant un geyser de sang qui macule les coussins. Elle crie, et papa s’aperçoit enfin de la présence de la petite.

Le corps moue de la jeune femme s’effondre de façon grotesque sur les coussin, comme le stygien se lève, nu, en sueur, allant soulever sa fille dans ses bras.

       « tu as cassé la dame, Papa ! Comme l'automate de maman ! Tu vas te faire disputer aussi ? »

       Il l’entraîne vers sa chambre à elle, ou les murs d'un blanc immaculé rappelle la pureté, en lui souriant calmement. Sa belle voix grave, si calme en cet instant, rassure l'enfant.

« Non mon bébé, je ne l'ai pas cassé, j'ai pris sa vie, et l'ai offerte à Set, après m'être amusée d'elle. Ce n’était pas une femme honnête. Elle ne méritait pas même d’être ainsi consacrée au Serpent. Mais je me sentais de bonne humeur. »

Comme il la pose dans son lit drapée de soie, l'enfant le retient par le cou, le forçant a s'agenouiller.

« mais papa, quand les gens n'ont plus de vie, ils sont tout cassés ? Et il faut les mettre sous terre pour qu'ils ne deviennent pas des esprits. C'est méchant de faire ça ! C'est maman qui l'a dit. »

Le stygien sourit avec tendresse à son enfant, aussi brune qu'il est blond, arrangeant ses cheveux du bout de ses doigts rougit du sacrifice de la prostituée. Il remonte le drap sur ses épaules.

« Tu te souviens de l'histoire des chèvres, du coyote, et du berger, Yssis ? Les gens sont pareils. Il y a les coyotes, les bergers, et beaucoup, beaucoup de chèvres. Un immense troupeau, à vrai dire. Nous empêchons les coyotes de faire du mal aux chèvres, mais nous les sacrifions quand même afin de manger, et cela est dans l'ordre des choses. Ta mère fait preuve de sensiblerie, et il n'y a rien de mal à ça. Dort maintenant. »

Les yeux perdus dans les étoiles, Yssis revit son souvenir, éveillée cette fois, nue sur le ponton. Elle sait que de nombreux coyotes rodent dans le désert, mais elle possède les armes et la volonté du berger. Non loin, la roue de la soif grince lui rappelant combien elle aime profiter de la chair des chèvres...

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Re: Yssis, dans le ventre du serpent.

Message par Aminata le Mer 25 Oct - 10:23

Les terres d'exil ne lui avaient laissé que peu de répit depuis son arrivée. C'était au moment ou elle avait besoin de tenir son esprit occupé que la tache lui faisait défaut. Ard gérait les esclaves, faisant tourner les forges à plein rendement, le rat apprenait a devenir un homme, la haut, à l’étage ; Diounis était partie bouder, et Sigvard s'était retranché dans sa maison de bois, ruminant sans doute sa défaite contre cet étrange vagabond. Elle l'avait remarqué lors de la fête de Gorath, apparaissant soudain de la même manière qu'il l'avait fait sur sa terrasse et marquant le même dédain pour sa condition de femme, assortie d'un irrespect total pour son statut de prêtresse. Les cheveux et le regard noir, enveloppé d'un parfum de massacre, il savait contenir sa brutalité, tout en la laissant paraître.

Naturellement, Sigvard l'avait affronté, et, blessée autant qu'affaiblie, elle s'était tenu en retrait. Le visiteur du soir maniait l'arme à la perfection, et il ne lui avait pas fallu longtemps pour envoyer Sigvard au tapis, lui portant un coup non létal au visage. Puis il avait posé sur Diounis un regard haineux, avant de se rabattre sur elle, détaillant chacun de ses mouvements pour souligner son handicap. Il possédait l’œil exercé du tueur, mais pour l'heure, les avait épargnés. Elle ne doutait pas qu'elle le reverrait. Quel merveilleux allié ferait un homme sans scrupule tel que lui. Elle doutait d'être encore assez aguerrie pour tenter de négocier avec ce genre d'individu, cependant, et se représentait aisément le danger qu'il y aurait à l'affronter volontairement.

Elle descendit sur le ponton, au bord de l'eau, et dans l'air doux du soir, elle fit ses ablutions dans le lac, s'offrant le luxe de huiler ses longs cheveux couleur nuit, parfumant sa peau comme une jeune mariée, grimaçant lorsqu'elle s'approchait trop de la longue estafilade violacée qui zébrait son flanc. Quelque chose bouillonnait en elle, un afflux nouveau, sauvage et violant qu'elle ne comprenait pas, ne maîtrisait pas, et qui menaçait pas moment de l'engloutir entièrement. Elle se représentait des scènes de carnages d'un autre temps, des amoncellements de cadavres exsangues, et des fontaines de sangs, elle entendait des voix de prêtres désincarnés psalmodier du haut des tours noirs en ruines, et des vestales obscènes entretenir les feux. Plusieurs fois, elle du se passer de l'eau sur le front pour faire cesser ses hallucinations, et finit par fumer du lotus noir, pour calmer le feu de son corps. Elle resta longtemps alanguie parmi les bougies, sa tête reposant sur son bras, nue, se laissant caresser par le vent du sud, livrée à la douleur sourde qu'elle n'avait cesser de ressentir depuis Mila.

Fixant sa main, elle y voyait celle de la danseuse, son pouce caressant, son joli sourire rassurant. Elle en avait fait plus qu'une amie, une grande sœur, cette présence féminine qui lui avait tant fait défaut dans son enfance, quand sa mère restait absente durant des mois pour gérer les affaires de Set. Mila, ce magnifique feu-follet dansant, avait brutalement révélé un visage hideux, déchirant l'image tissée de mensonge qu'elle lui offert. Elle avait vu se dresser devant elle avec une brutalité inouïe, le visage déformé par la haine et la jalousie, femme amère et trahie par sa colère, le poignard à la main. Stupéfaite, elle avait voulu dresser son épée pour parer le coup, avant même de comprendre pourquoi Mila le lui assenait, et la réponse était venue de son dos, froide et brutale, lui broyant le cœur plus sûrement que la lame qui déjà, fouillait ses chairs.

Depuis, une douleur sourde l'habitait, comme un loup tapis au fond de son ventre, qui la mordait avec rage aux moments ou elle s'y attendait le moins. Ou qu'elle regarde, tout autour d'elle, dans le vert d'un coussin, sur pierre lisse du muret ou il lui avait tenu la main, sur les toits de chaume ou il lui avait appris a grimper, dans la soie de la banquette ou ils avaient fait l'amour, tout lui rappelait cet amant merveilleux qui l'avait éveillé à la vie, à l'amour, pour mieux la plonger ensuite dans des abîmes de douleur dont elle doutait de pouvoir revenir. Quelque fois, ses yeux se perdait sur le désert, le guettant, alors qu'elle savait très bien qu'il ne reviendrait plus. Malgré son évidente traîtrise, malgré ses mensonges, elle l’attendait encore.

Elle espérait follement qu'a l'aube, elle s'éveillerait, que Mila serait toujours son ami, et qu'il apparaîtrait pour prendre sa main, lui murmurer des bêtises, et imaginer avec elle un avenir hors du dôme. Mais rien de tout cela ne se produirait. Il était trop tard. En quelques secondes, elle avait perdu tout ce qui faisait le sel de sa jeune et nouvelle vie d'exilée, et elle ne le retrouverait jamais. Si seulement elle avait pu hurler sa douleur, pleurer simplement, se noyer dans ses larmes pour expurger la douleur ; elle était prêtresse, elle était leur guide, elle n'en avait pas le droit. A aucun moment, elle ne devait révéler ses faiblesses. Pourquoi ces deux là s'étaient joués d'elle ainsi ? Lui eussent ils dit la vérité qu'elle les aurait aider, sans contrepartie.

Elle finit par se relever, posant un regard sec, douloureux, et contrarié sur ces murailles qu'on érigeait. La décision en avait été prise suite à la trahison de Gorath. Le guerrier sombre s'était allié au vieux mitrandite, le guidant sur ses terres, l'aidant à questionner Diounis, alors que la prêtresse de Derketo était stupidement partie se mettre en danger. L'ancien Setite n'avait pas levé le petit doigt pour la prêtresse des plaisirs, et ensuite, il avait laissé le chien de Vanir venir l'agresser, le Mitradite tenté de l'empoisonner avec son odieuse bouillie, et l'avait abandonnée sur sa terrasse pour qu'elle y trouve la mort. Un autre l'avait sauvée, ce jour là. Elle fixait les murailles, se disant que ces trois là n'étaient que quantité négligeable, et qu'ils pouvaient toujours s'agiter dans leur nord glacial, à construire leur forteresse ridicule, il n'en avait cure. Alors pourquoi ces murs, pourquoi avait elle accepter dans s'enfermer dans la pierres ? Ces défenses dérisoires n'avaient pas empêcher son visiteurs du soir de s'introduire chez elle, lui volant une orbe, comme une délicieuse provocation, un appel à un jeu aux relents fatals.

Ard et les esclaves la virent arriver, les cheveux encore ruisselants, drapée d'un sari rouge qui cachait la totalité de son corps. Sans un mot, elle vint en appliquer un coup formidable sur les briques fraîches, les envoyant rouler en bas de la falaises.

« Ces murs puent la peur, et ils ne servent à rien ! Nous n'avons pas peur ! Abattez moi ça ! »
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Re: Yssis, dans le ventre du serpent.

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