Pas un commencement, juste une suite.

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Pas un commencement, juste une suite.

Message par Eliania le Lun 14 Mai - 19:36

Elle dormait, petite chose dans ce lit trop grand parce qu’il faut bien y entrer un nordique.
Mais seule dedans, emmitouflée jusqu’au nez dans un océan de couvertures faites de peaux et de fourrures, elle fait minuscule.

C’est en tendant le bras qu’elle se rend compte que le lit a été déserté. La danseuse ouvre paresseusement un œil, s’attendant à voir les premiers rayons de soleil s’infiltrer par une fenêtre, mais c’est la nuit noire qui l’accueille.

Elle s’étire, se lève sans hâte, s’enveloppe dans une veste beaucoup trop grande pour elle et descend les marches de la maison du fort avec un sourire, pensant y trouver un Aesir plongé dans ses pensées, probablement à propos du banquet qui aura lieu le soir.
Mais la maison est vide et la porte est ouverte.
Elle s’en approche, curieuse, avant de se stopper dans l’encadrement et d’aviser la scène.

Sigvard est posté sur la muraille au-dessus de la porte du fort, entouré de certains hommes, et même de là où elle est, Mila sent la tension qui les anime. Ils regardent tous dans la même direction, les discussions semblent animées.

La danseuse se détourne sans se presser et part s’habiller pour de bon avant de se préparer un thé, s’étirant largement et dans tous les sens, s’installant dans la chaise du grand blond en attendant qu’il refasse une apparition.

La blonde somnole, les pieds sur la table, quand celle-ci se met à vibrer un instant. Elle ouvre un œil intrigué, et fixe sa tasse quand le phénomène se produit de nouveau. Dehors ça se met à hurler, des choses inintelligibles pour elle, mais l’urgence se fait maintenant plus que sentir.

La blonde enfile ses bottes et file vers la porte. Sigvard crie des ordres aux hommes sur la muraille, les femmes s’occupent de faire rentrer des blessés dans le fort avant d’aller récupérer une arme sur les râteliers qui ont été sortis.
Mila secoue la tête d’incompréhension, remonte les escaliers quatre à quatre pour accrocher sa dague à la ceinture, et coller un objet ou deux dans ses poches.

Le sol tremble et elle manque de s’écraser à la redescente tant les impacts qui secouent Ymirsson sont violents.
Elle râle, jure, invective, se relève et fonce vers la porte avant de tomber pour de bon cette fois dans l’entrée, la poussière s’infiltrant par les fenêtres.
                                                                                                                                                                                                                                                      Elle sort et reste un instant muette. Un bloc de pierre, gros comme un atelier passe au-dessus de sa tête, elle le suit des yeux, éberluée, avant de comprendre où il va atterrir. Elle s'égosille et se met à courir vers le lieu d’impact, réflexe du cœur mais ô combien irréfléchi.

Le souffle de la collision du deuxième rocher sur la tour de Managarm la propulse en bas du perchoir. Elle reste sonnée un instant ou deux, faisant le compte des contusions à venir, grognant avant de constater la destruction dans la tour.
Son cœur se serre, elle cogne dans l’herbe autour d’elle d’un point rageur, hurle, couverte par le bruit sourd des débris qui continuent de rouler le long de la colline.
Mila tousse et finit par se relever, dans une colère noire, jurant de buter les connards qui ont osés s’en prendre à elle. Dague au poing, elle rejoint la muraille en bousculant l’homme qui fait le lien entre Sigvard, debout sur la muraille hache à la main, et ceux qui manient le trébuchet posé sur la tour, que les rochers furieux des assaillants n’ont pas encore atteints.

La tornade blonde monte en gueulant qu’ils vont payer, qu’elle les étripera jusqu’au dernier, et elle avise le blond qui plisse le front en passant ses ordres, le regard fixé sur le faubourg, bouillonnant sous un calme apparent.

Elle est encore à quelques dizaines de mètres de lui quand son regard suit le sien et qu’elle se fige.
Ses épaules s’affaissent, elle laisse retomber la dague le long de son corps, elle a l’air abattu.

« Putain, c’était pas des trébuchets… Bordel ils sont… »

Les géants de glace sont peu nombreux, mais quand on peut presque écraser un mur de bois d’un coup de pied, est-ce vraiment nécessaire ?
L’un d’eux attrape un rocher à l’entrée du faubourg, comme si c’était une chope pour la danseuse et le balance sans effort. Le type à côté d’elle lui appuie un grand coup sur l’épaule pour la coller au sol le long de la rambarde. Elle ne râle même pas quand il la plaque, il a dû avoir des ordres aussi.

La pierre monstrueuse s’écrase contre la porte qui plie légèrement sur ses gonds sans céder, la secousse est terrible, et si elle était restée debout, la danseuse serait probablement passée par-dessus bord. Quand l’aesir qui s’en est occupée se relève, il récupère sa hache, jette un œil derrière lui et part en courant vers les escaliers suivi de tous les autres. La porte va céder, tous les hommes et les femmes aptes à se battre vont protéger le fort aussi longtemps que cela sera nécessaire.

Sigvard reste sur la première ligne, Mila finit par redescendre, poussée par les derniers, l’air un peu hagard et cherche à le rejoindre, scindant la petite foule amassée armes aux poings attendant la chute des portes.

« Sigvard… Putain merde, ils manient les rochers comme je lancerai une bille… Il faut se casser maintenant ! »

Il grogne plus qu’il ne parle, concentré sur l’assaut à venir, sa voix ne l’atteint pas. Elle tire sur sa manche, il la repousse doucement mais fermement en arrière, grommelant à une certaine Finna, armée d’une masse de s’en occuper.
La danseuse se débat vaguement, empoignée par la grande femme, elle gueule à l’Aesir qu’il faut partir, qu’ils sont trop grands, qu’ils vont juste tous y rester comme des cons, mourir pour rien…
Finna la tire à l’arrière du pack et lui attrape la joue d’une main pour la calmer et lui dire d’un ton froid et déterminé.

« Ils vivent pour des moments comme ça. Et si on doit y rester, ça sera pour rejoindre le père de ceux qui nous attaquent. Et ça sera un honneur de mourir aujourd’hui.»

La danseuse écarquille les yeux, frappée de plein fouet par la vérité de la blonde sudiste qui se prenait parfois pour une nordique à force de les côtoyer, mais qui n’en avait pas les tripes pour autant.
Finna la lâche en lui lançant qu’en plus ils sont pas si grands que ça, reportant toute son attention sur la porte qui plie peu à peu sous les coups des géants.

La danseuse recule, sans perdre la porte des yeux, et quand celle-ci tombe, elle regarde les guerriers et les femmes d’Ymirsson charger en beuglant les pieds du premier géant qui tente de s’introduire dans le fort, Sigvard enragé en tête.
Elle recule encore, s’éloignant du champ de bataille, et finit par se laisser tomber sur l’herbe, un peu abasourdie, sans réussir à se résoudre à fuir totalement les lieux.

Tout s’emballe et pourtant dans la tête de la danseuse, le temps est paralysé.
En contrebas de sa position, la bataille fait rage, et pourtant elle en perçoit à peine le bruit, coincée dans une réalité qu’elle nie.

Puis les bruits reviennent au plus près, un bras la saisit et la soulève malgré elle. Ses jambes la portent à peu près. Au bout du bras, Sigvard qui remonte la colline, précédé de ce qui reste de ses hommes et de leurs femmes.

La blonde reprend vaguement ses esprits, et en bas, un géant est etendu, mort, et le second est agenouillé, couvert de blessures, mais il n’est pas tombé.
En revanche les corps humains à ses pieds sont nombreux, trop nombreux, et ceux qui remontent la colline une poignée.

Quand il s’arrête, il la repousse à nouveau en arrière, hache à la main, prêt à recommencer, jusqu’à la fin. Cette fois, Finna n’est plus là pour la saisir, elle pousse le type qui s’était mis en couverture derrière Sigvard et lui saisit le bras.

-          SIGVARD ! Écoute-moi ! On s’en va !

Il grogne. Qu’il ne laissera pas tomber Ymirsson, qu’il mourra ici s’il le faut.
Il vacille déjà, surement blessé, ou en tout cas rompu des heures qui ont dû passer sans qu’elle ne s’en rende compte.
Mila lui colle un grand coup de pied dans un tibia, ce qui a au moins le mérite de lui faire tourner la tête, l’air déterminé, la rage sourdant dans son regard de glace.

-          Putain Aesir, on s’en fou de tes pierres ! T’es censé protéger des gens, pas des murs ! Regarde… ! Regarde autour de toi… !! Vous êtes exténués et … trop peu ! Et puis tu vois q…Putain de merde !

Ils ont juste le temps de baisser la tête pour voir le rocher s’écraser à deux pas d’eux, fauchant deux hommes légèrement en retrait de leur groupe, finissant sa course dans un bâtiment branlant qui finit de s’effondrer, les projetant au sol dans un nouveau nuage de poussière et de débris.

Il leur faut du temps, et même plus,  pour finir par émerger.
Quand la danseuse se redresse en gémissant, courbaturée, Sigvard est déjà debout, hache à la main, fixant les géants du gel qui se détournent d’Ymirsson, vaincue.

Il commence à mettre un pied devant l’autre pour les poursuivre quand elle hurle.

-          SIGVARD ! Laisse-les partir ! Retourne toi, regarde ce qu’il te reste, sauve le…sauvons nous…

Il rugit quand elle se lève pour lui saisir le bras, et les deux font bien trop de bruit pour le géant qui se retourne en les avisant un moment.
L’Aesir aussi se retourne pour voir l’état lamentable du peu d’hommes et de femmes qui restent.
Il a l’air de prendre conscience de quelque chose, et sa hache retombe lentement contre son flanc quand la danseuse tapote son épaule d’un geste nerveux.

-          Ils… ils reviennent, bordel... cassons nous merde !

C’est probablement la mort dans l’âme que Sigvard ordonne enfin le repli : « Vers l’ouest, allons prévenir Nordvind… »

Mais Nordvind n’est plus, et ce n’est que flammes et désolation qu’ils trouvent sur place.

Epuisée, mais encore debout, la troupe s’installe en contrebas de ce qui fut le hall de Grinda et met en place un campement de fortune.
La danseuse anxieuse ne croit pas à leur disparition, après tout, ce n’est pas la première fois qu’elle cherche dans les décombres d’un hall. Elle se persuade qu’ils doivent être là, quelque part, en vie, et certainement pas sous des décombres.

Mais le temps que Nordvind finisse de brûler, le temps que Sigvard panse les plaies du groupe et redonne un semblant de normalité à l’existence des survivants du nord, la danseuse va mettre les pieds dans le sable. Les nordiques connaissent la taverne, ils pourraient y signifier que tout va bien, ils sont même peut-être déjà passés et la rousse au comptoir aurait un message pour elle ?

L’odeur de fumée et le goût de cendres qu’elle traine depuis le nord lui irrite la gorge et les yeux, et l’empêchera d’anticiper ce que ses yeux verront quand elle passera le fleuve pour arriver à la taverne.

Plus qu’une lamentation, c’est une complainte de douleur qui s’échappe de sa gorge quand elle arrive aux pieds de la taverne, explosée, balayée, soufflée.
La blonde se laisse tomber à genoux dans le sable et reste prostrée, jusqu’à ce qu’une main se pose sur son épaule.
C’est Nell, la serveuse rousse qui lui enserre l’épaule et lui raconte.

Une tempête terrible s’est levée, une tempête comme jamais. Elle a viré les quelques poivrots qui trainaient et demandé aux deux blonds de déplacer les tables et les chaises pour éviter que tout parte avec le vent.

D’habitude, les bourrasques passent loin d’ici, mais cette fois, la tempête est devenue ouragan, les pierres et le bois se sont mis à crisser, tirer.
Elle s’est cachée derrière le comptoir et a relevé la trappe pour s’y engouffrer alors que les deux blonds essayaient encore de mettre du mobilier à l’abri.
Le vent s’est enfourné, mauvais, dans les cuisines, faisant voler des braises, enflammant une armoire. La rousse est remontée et dans les hurlements du vent elle a entendu une voix lui intimer de se barrer vite. Elle n’a pas pu identifier d’où ça venait, mais elle a couru. Elle avait à peine passé le fleuve pour remonter au nord qu’elle a été projetée par une explosion monumentale.

Le feu et le vent ont fait le reste…

Mila sait pourquoi tout a explosé, sa sortie de secours planquée sous la taverne, son moyen de partir en regardant le monde brûler. Il aura suffi d’une braise.

Elle se relève d’un bloc pour courir à la maison derrière la taverne, écroulée aussi, cherchant des yeux dans les décombres, poussant des débris…
Mila y passera des heures, appelant, cherchant.

Elle finira par se résoudre à ne rien trouver, rageuse, triste, anxieuse, défaitiste.

Il est tard dans une nuit quand Sigvard vient finalement la rejoindre ici avec quelques hommes, la rousse trainant dans les décombres pour voir ce qu’elle peut sauver.
Il trouvera la danseuse assise sur le bord de la falaise, les pieds dans le vide, le regard sur l’horizon, plongée dans sa mélancolie.

La fin d’un cycle, le début d’un nouveau, et qui reste … ?
Tout finit par disparaitre, dans le vent, les flammes, le sang et les larmes.

L’Aesir s’accroupit près d’elle et pose juste une main sur son épaule sans rien dire. Ils restent un moment comme ça, silencieux.
Elle finit par lui montrer du bout des doigts l’eau en contrebas avant de parler sur un ton d’une neutralité qui ne colle pas avec le vague à l’âme dont elle est prisonnière.

« Plus protégé du vent, de l’eau pour arrêter un feu, ceux qui connaissaient la taverne pourront dire qu’ils ont survécu, il faut que... »

Le reste de sa phrase s’écrase dans sa gorge nouée, elle serre les dents un peu plus fort et reporte son regard sur la nuit devant elle.
Il étreint un peu plus son épaule, se penche pour déposer un baiser sur sa tempe et se relève pour donner des ordres aux hommes qui l’ont accompagné puis les aider à descendre les meubles et les tonneaux rescapés de la tempête explosive à leur nouvel emplacement.

La danseuse aura juste changé de perchoir d’un jour à l’autre, donnant un contre ordre ou deux sur l’aménagement, l’air amer.

Une fois la taverne provisoire en place, Mila s’est installée sur une des caisses et a fixé l’horizon, morose.

Dans l’après-midi qui se termine, elle aperçoit une ombre qui s’approche.
Elle pousse un soupir, prend une grande inspiration et… étire son plus beau sourire, masque de danseuse.

« Hey, toi là-bas ! Tu viens boire un coup ? »

Et elle rit.
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