L'ourse blanche de Sanngjarnar

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L'ourse blanche de Sanngjarnar

Message par Aminata le Ven 27 Avr - 11:16


Assise sur la dalle de l'Autel d'Ymir, enroulée dans une peau d'ours, la jeune Aesir regarde le village endormit, son village... Sanngjarnar a changé en quelques mois, autant qu'il a transformé la jeune femme, arrivée chasseuse et amoureuse, devenue guerrière et solitaire ; seule, si seule...
Jamais elle n'a encore ressentit le poids écrasant de sa solitude aussi durement qu'en cette nuit étoilée, alors que le froid mordant caresse ses joues pâles. Elle a cru un moment qu'elle pourrait mener une vie normale, aux cotés de Kalyos, avec Krog, Emitet, et le petit Didrik, mais Ymir les lui a pris, les uns après les autres. Leurs ossements gisent tous au fond du lac, sauf ceux d'Emitet, mais lui, il vénère un autre dieu, il n'a pas laissé d'ossement, il s'est tout simplement volatilisé.

Alors il lui a fallu se battre, comme un homme, jour après jour, lever son marteau, mettre en déroute les types qui venaient roder trop prés de l’entrepôt, protéger la poignée d'hommes et de femmes restés fidèles, et brasser, pour oublier ceux qui manquaient, pour entretenir la flamme, l'héritage de Kalyos. C'est comme un homme qu'elle avait affronté ses responsabilités, qu'elle avait porté le fardeau du commandement. Personne n’était venu venu la soutenir, à aucun moment. Elle avait espéré, pourtant, une visite, un signe, un mot d'encouragement, mais rien n’était venu soutenir ses efforts, alors qu'elle purifiait le vieil autel, les mains en sang, qu'elle en érigeait un nouveau. Pas âme qui vive quand elle avait mis le feu au bateau contenant les ossements de Kalyos.

Puis Hegel avait croisé sa route ; l'Aesir râleur et opiniâtre lui avait inspiré confiance, et au fils de jours, il ne la décevait pas. Il ne semblait pas vouloir suivre le premier jupon croisé, il paraissait se ficher bien pas mal qu'elle soit une femme ou un homme, tant qu'elle se comportait comme un chef de village digne de ce nom. Il lui donnait de nouvelles raisons de garder la tête haute, et surtout, lorsqu'il faisait résonner son marteau sur le métal, elle se remémorait le temps bénie ou, enfant, elle regardait Papa Sven battre l'acier rouge qui pliait à sa volonté pour faire des merveilles. Prés de lui, elle entendait à nouveau son sang Aesir battre dans ses veines. Elle sentait sa fierté renaître, elle oubliait la résignation, les massacres, l'emprise glaciale de la solitude sur son âme, le poids des pertes de tant d'être chers, et les atrocités des Vanirs.

Oui, elle était une femme et les femmes ne sont pas Jarl, ni combattante, sauf peut-être, dans les Sagas. Sur cette terre maudite, Ymir avait pourtant décidé qu'elle le deviendrait. Au fil du temps, il la formait au combat ; elle avait d'abord combattu les loups, puis les ours, puis les hommes enfin, l'adversaire le plus vicieux et retors qui existe. Depuis bien longtemps maintenant, elle portait l'armure d'Emitet, devenue une seconde peau. Bien sur, elle avait pu voir en Hegel le forgeron un successeur digne à Kalyos,un temps, elle avait espéré pouvoir ne redevenir qu'une femme. Mais il est des chemins qu'on emprunte, et dont on ne revient pas. Grinda l'avait prévenu, dans le temps, de ce qu'il en coûtait de prendre les armes. Le père des tempêtes ne lui avait pas laisser le choix. Se réfugier au hall Nordvind aurait signifié la destruction de Sanngjarnar, et cela, elle ne pouvait s'y résoudre. Elle allait poursuivre, porter le flambeau, entretenir la brasserie, le village, l'héritage de Kalyos. Elle allait rompre son corps à l’entraînement, manier le marteau, l'épée, jusqu'à devenir aussi redoutable que l'Ourse du nord qu'Ymir avait fait naître en son cœur.

Elle se redressa, laissant la peau d'ours glisser à ses pieds pour faire face à l'autel, et brandit son marteau bien haut, comme si elle voulait défier les dieux, quémandant un signe au Père des Tempête. A ce moment précis, une bûche éclata dans le brasier, sous la statue d'Ymir, embrasant un instant le visage de pierre d'une lueur rouge sang. Ymir lui souriait, le dieu de la guerre l'approuvait. Elle sentit une vigueur nouvelle courir dans ses veines, un rugissement s'échapper de sa gorge, qu'entendirent tous les habitants du hameau. Petite Ourse n’était plus, l'Ourse blanche commençait sa veille. Quoi qu'ils en pensent tous, elle était Jarl de Sanngjarnar. Et elle se promit alors de conserver l'esprit qui avait présidé à la fondation du village : un abri pour les parias, les maudits, ceux qu'on pointait du doigt, sous l'égide du père des tempêtes. Et elle n'avait que faire du titre : Sanngjarnar était son foyer, sa famille, elle en était la protectrice, et rien au monde ne pourrait jamais contester cela.
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Message par Aminata le Ven 27 Avr - 12:00

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Re: L'ourse blanche de Sanngjarnar

Message par Aminata le Ven 11 Mai - 23:11

Elle jeta un dernier regard sur Sanngjarnar, sur la stèle des défunts.


Puis sans se retourner, elle laissa tomber son bracelet, et franchit la barrière, droite dans son armure noire. Elle avait alors aux lèvres le même sourire qu'Emitet.


Mathilde a trouvé la clef. Elle a quitté les terres d'exils. Toute la nuit durant, Sanngjarnar brûla.

Ceci marque la fin des aventures de l'Aesir

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