Ashwaria

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Ashwaria

Message par Aminata le Sam 17 Mar - 17:14



Il se dit que lorsqu'ils naquirent, les jumeaux divins, Ekaraj et Ashwaria, la Dévi Yasmina elle même pris la tête d'une procession pour aller se pencher sur le berceau.On vit défiler les éléphants, les rues jonchées de pétales de lotus, envahies par la musique et les danseurs. On faisait cuir la galette et les haricots, les hommes sages descendaient des montagnes : la caste des Kshatriya fêtait enfin une naissance, un nouveau guerrier venait au monde, enfin un homme, qui pourrait reprendre le flambeau. L'héritage de cette noble lignée ne serait pas perdu.

Bien que jumeaux, ils grandirent dissemblables, mais tellement fusionnels. Ekaraj faisait honneur à son nom, solide, rayonnant de santé et de beauté, il brandissait déjà le sabre à onze ans, et montait à cheval comme un véritable guerrier. Des précepteurs furent embauchés, venus de toute la Vendhya et de plus loin encore. Rien n'était trop beau pour le prince Ekaraj, et chaque temple d'Asura s'ornait de son portrait !

Ashwaria, elle, faisait parler d'elle par son incroyable grâce, et sa beauté sans pareil. L'enfant possédait de grands yeux bleus si rare dans son pays, illuminant un visage régulier, aux lèvres soyeuses, toujours parée d'un sourire. A l’instar de son frère, elle excellait dans tout ce qu'elle entreprenait, l'art de la danse et de la botanique restant de loin ses domaines préférés. Souvent, le soir, en veillant dans l'attente du retour de son frère, elle prenait la cithare et chantait. Tout le palais cessait alors toute activité pour l'écouter, tellement sa voix était pure et gracieuse.

Pourtant, il demeurait une par d'ombre dans cette image idéale. Quand la nuit tombait, rien ne pouvait empêcher les jumeaux d'accourir l'un vers l'autre, car, les parents et divers précepteurs et nourrices eurent beau promettre, menacer, tempêter : au moment de dormir, on ne pouvait les séparer. Nourrissons, ils tombaient malade, enfant, faisaient de telles scènes qu'on craignait pour leur santé. A onze ans, on murmurait que la fille aurait bientôt ses premiers sangs, et qu'il serait inconvenant qu'elle dorme encore avec son frère, partageant la même chambre, si ne n’était pas le même lit, mais personne n'osait suggérer aux jeunes enfants princiers que le temps allait venir de se séparer.

Leur parents moururent à quelques semaines d'intervalles, l'année de leur seize ans. Et bien loin de péricliter, les affaires de la famille ne s'en portèrent que mieux, leur bénéfice allant croissant. Une fois par mois, les jumeaux rendaient visite à leur grand tante la Devi, lui offrant toujours moults richesses, des rouleaux de soie brodés de fils d'or, de l'encens, des décoctions de Lotus, et des joyaux extraits des montagnes environnantes. Leurs visites donnaient toujours lieux à de grandes réjouissances.

Les prétendants se multipliaient à cette époque, de riches familles des plus hautes castes, offrant fils et filles en épousailles. Aucuns partis de trouvait grâce aux yeux des jumeaux. Les filles se voyaient traitées de potiche, de stupide, ou encore grasse, fainéante, laideron. La plupart fuyaient en pleurant, poursuivies par les quolibets d'Ashwaria. Ekaraj proposait aux garçons un duel au premier sang pour la main de sa sœur. Il n'en perdit pas un seul, mais poussa certaines joutes jusqu'à la mort. Le sang, les brimades, et la richesse isolante des jumeaux propagea leur histoire dans toute la péninsule Vendehyenne.

La nuit de leur dix huit ans,alors que les festivités battaient leur plein, une vieille sorcière se présenta au palais, et demanda à parler aux jumeaux. Elle portait les stigmates de Kali, la mère noire, s'annonçait prêtresse de la déesse. On eut peur de la contrarier, et d'attirer le mauvais œil sur la lignée des Kshatriya. On la fit entrer, on lui offrit le couvert, et les jumeaux la reçurent dans l'intimité de leur suite. Personne ne sait ce que leur révéla la vieille, mais l'entretien se prolongea fort tard. Au matin, Ekaraj scella un cheval et parti vers l'horizon à bride abattue, comme il le faisait souvent, pour calmer sa colère. Personne ne vit sa jumelle se faufiler hors du palais, suivant la vieille femme.

Après le départ d'Ashwaria, tout se détériora très vite. Ekaraj affichait une humeur taciturne, il ne trouvait plus de joie dans rien. Les vers à soie tombèrent malade, la mine s’effondra, les champs furent dévastés par un troupeau d'éléphant furieux. Le jeune prince prenait du lotus, consultait les oracles, il envoya des émissaires chercher sa sœur sur tout le continent, en vain. Il dépérissait à vu d’œil. Inquiète, la Devi Yasmina le fit convoquer à sa propre cours, et le garçon qui s'y présenta n'était plus que l'ombre de lui même. Elle du alors se résoudre à le renier en tant que successeur, et il conseilla de quitter ses terres afin qu'elles refleurissent, car le garçon avait été maudit, selon toute vraisemblance. Ekaraj obéit, et, seul, avec un cheval et quelques argents, il parti sur les routes chercher sa sœur.

Son errance dura presque huit ans. Il fouilla minutieusement la péninsule, suivant une piste de sang, de dépravation, et de putréfaction, ou les rares paysans qui acceptaient de lui parler murmuraient le nom de Kali. On lui parlait tantôt de deux femme, tantôt d'une troupe, de bétail malade, d'enfants disparus, de récoltes qui pourrissaient sur pieds. Il finit par désespérer et rentrer chez lui. Il avait été dépossédé de tout, on le chassa comme un mendiant, mais on lui appris une ultime nouvelle : un prince de Kosala venait de mourir après que sa jeune et divinement belle épouse lui ait donné des jumeaux mort-né. La princesse, du nom d'Ashwaria, s'était vu refusé l'honneur suprême de s'immoler sur le bucher de son mari, et elle avait été exilée...
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Aminata

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