Petite Mila

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Petite Mila

Message par Eliania le Sam 7 Oct - 11:14

Elle lui caresse la joue dans un geste doux et pose son regard vert dans le sien.

“Mila… ma jolie Mila... il va falloir qu’on prenne le temps de discuter. Tu es bien trop jolie pour ta propre sécurité.”

La petite fille est posée sur ses genoux, les mêmes yeux verts que sa mère, aussi blonde que celle-ci est brune et pourtant elles ne pourraient pas se renier.

Elles sont assises au bord d’un lit, dans une somptueuse chambre décorée de manière opulente. Tentures lourdes aux couleurs vives, tapis moelleux, lit à baldaquin et vaisselle finement ouvragée.
La femme la descend de ses genoux et la pose sur un des tapis.

“Montre-moi ce que tu as appris!”

Elle sourit tendrement et la petite Mila commence à se mouvoir un peu maladroitement sur le tapis. La danse est encore un peu mécanique, mais les gestes, les enchaînements sont connus. La femme tape dans ses mains pour imprimer un rythme à la fillette qui suit bien, bonne élève petite Mila.

Elle finit par applaudir franchement en riant.

“Bravo! Je suis très fière de toi, continue comme ça et tu deviendras une danseuse sans pareil”

La fillette est aux anges et se jette dans les bras de sa mère en riant. La femme l’accueille et plonge sa tête dans le cou de la petite pour y déposer une série de baisers et papouilles tout en lui chatouillant les côtes.
Les éclats de rire résonnent dans la grande chambre, en même temps que l’on frappe à la porte.

La femme brune perd son sourire une demi seconde, avant de reprendre son masque.

“Entrez !” La voix, le ton, l’attitude sont doux. Elle laisse la petite sur le lit et s’avance vers la porte.
Ses bracelets clinquent et cliquettent à chaque pas, sa robe noire pose un voile sur son corps parfaitement proportionné. Elle suggère les formes, le dos nu dévoile une chute de reins envoûtante, sa démarche est féline, ses pieds nus glissent sur l’épais tapis. Elle se fige à quelques pas de l’entrée et attend que la porte s’ouvre sur le visiteur.

Une femme d’un certain âge passe la tête par la porte entrouverte et s’adresse à elle dans un filet de voix fatigué. “Sherine, il est arrivé”.
La femme acquiesce doucement et fait un signe de la main à Mila pour qu’elle s’approche.

“Tu vas la suivre Mila, je dois travailler.”

La petite s’approche de sa mère et s'accroche avec une moue boudeuse de l’enfant qui ne veut pas quitter sa mère.
La réponse est ferme et sans appel.
“Mila. Qu’est-ce que je t’ai appris ?”

L’enfant se détache doucement de la femme brune et se tient droite. Sa moue se transforme difficilement en un sourire pur et naïf. Le masque de la fille de la danseuse.
Mila se dirige vers la porte sans se presser, lance quand même un dernier regard triste vers sa mère et attrape la main de la vieille femme qui l’emporte dans les couloirs d’un palais du quartier royal de Shadizar.

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Eliania

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Re: Petite Mila

Message par Eliania le Jeu 12 Oct - 16:21

Noyade


Son hurlement est assourdi par l’eau qui envahit ses oreilles.
Quand elle commence à se débattre violemment, ils lui sortent la tête de l’eau, elle vomit, tousse, l’eau qui s’était infiltrée dans ses poumons et le son de sa mère qui s’égosille lui parvient plus clairement.

Les yeux de Mila ne traduisent qu’une incompréhension sur ce qui peut se passer autour d’elle. Incompréhension et panique.
Ces hommes qui maintiennent sa mère à genoux, sa mère qui se débat comme une diablesse, et le dernier homme qui la maintient elle, par les cheveux, et qui lui plonge de force la tête dans l’eau à intervalle réguliers.

Elle n’entend pas ce qui se dit, elle ne peut que fixer sa mère.
Le visage ravagé par autant de sentiments contradictoires, masque de danseuse disparue.
Les larmes, la rage, le fard qui coule, la terreur, des marques de coups, la soumission…

Ils essayent probablement de lui soutirer quelque chose à elle, mais Mila s’en fou, elle ne peut pas détacher son regard du sien.
La terreur...

La main tire ses cheveux en arrière et elle grimace avant de prendre une grande inspiration, la prochaine immersion semble arriver. Il pousse d’un geste violent sa tête au fond du bain.
Elle ne se débat pas, au début, le temps qu’elle arrive à maintenir sa respiration. Puis elle suffoque, l’air lui manque, ses poumons brûlent.
Ses mains s'agrippent sur les bords, elle cherche à sortir la tête de l’eau, elle attrape la main qui la maintient au fond et griffe, pince, tire….
Elle s’asphyxie, expire violemment l’air qui lui restait dans un cri qui résonne dans son crâne et prend une première inspiration malgré elle. L’eau s’infiltre dans sa gorge, dans ses poumons, elle va mourir.

Et d’un coup sec, son corps est projeté en arrière et elle valdingue sur le tapis.
Elle expulse difficilement l’eau, ses cheveux blonds mouillés retombent en mèches désordonnées autour d’elle, qui continue à chercher son air en vomissant de l’eau.

Quand elle a retrouvé de l’air, les sons lui parviennent, son esprit semble revenir à mesure que l’eau s’échappe.
Mais Mila s’en fou, elle ne peut délier son regard du sien.
La soumission…?

Les lèvres de la fille de la danseuse frémissent et murmurent :
“Mila, qu’est-ce que je t’ai appris…”

Sa mère se fige l’espace d’un instant, la jeune blonde lui sourit tendrement.

La brune ferme doucement les yeux et se calme. Elle prend une grande inspiration et relève sur la blondinette un regard empli de fierté.
Elle murmure pour sa fille “sa vie ou la tienne…” puis se met à parler aux hommes.

Mila s’en fou, elle n’écoute pas ce qu’elle leur raconte, elle ne peut que maintenir ses yeux verts rivés dans les siens.
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Re: Petite Mila

Message par Eliania le Lun 15 Jan - 18:04

La petite blonde a vieillit, peu grandit, mais gagné quelques années et quelques formes.
Juste assez pour que les regards se transforment, qu’ils passent de la tendresse à l’envie, de l’affection au désir. Et quand on vit dans un bordel, même haut de gamme, c’est un signe que le temps est venu de bosser.
Sherine avait pu la protéger un temps, elle avait usé et abusé de son influence et de sa renommée en tant que danseuse pour repousser le plus loin possible l’arrivée de sa blonde de fille.

La zamorienne pure souche lui avait appris ce qu’elle pouvait, savait, voulait.
La blondinette avait commencé comme les autres, au service dans la salle du bas dès qu’elle avait su porter un plateau. La salle d’attente où l’on buvait un verre ou deux, où l’on commandait un narguilé le temps que sa favorite se prépare, la salle ou celles qui savaient aussi danser se produisaient de temps en temps au rythme des instruments de musique.

Les autres pensionnaires du lupanar lui avaient appris les pas, sa mère lui avait appris à y mettre son âme. Et la jeune Mila avait bien compris ce qui faisait la différence entre sa mère et les autres, cette capacité à raconter une histoire, improviser, s’adapter, et s’y plonger totalement.
Pas de contraintes, pas de limites, pas de barrières.
Danser comme il faut vivre, en brûlant tout sur son passage, sans se soucier de qui regarde et de qui comprend. Danser pour s’exprimer, danser pour soi.

La blondeur attire dans les terres Zamoriennes, il y avait bien quelques filles aux cheveux plus clairs, mais sa crinière nacrée était assez unique dans leur univers.
Le patron n’avait pas eu de mal à faire monter les enchères pour la blondinette, et elle l’a largement aidé sur le sujet en dévoilant sur la scène du bas les prémices de ses talents de danseuse et son goût déjà prononcé pour le jeu. Ils étaient là, tous, à la regarder danser, mais elle avait choisi celui qui devait gagner ses faveurs. Il n’était pas jeune, mais il était raffiné. Pas un de ces gros porcs transpirants qui rêvaient de poser une patte graisseuse sur la fille.
Mila avait attisé la flamme, l’avait conquis sans qu’il n’ait pu l’approcher, avait dansé pour lui, soufflant le chaud et le froid, glissant sur ses genoux pour s’en enfuir à la première occasion ne lui laissant en souvenir que le parfum dont elle se pare.

Il a payé, plus qu’il ne l’aurait dû, surement plus qu’il ne l’aurait voulu. Il a déboursé de quoi se l’accaparer, il voulait l’exclusivité.
Le patron était aux anges. Ce qui est rare est cher, et la blonde l’était déjà. Si personne ne pouvait l’approcher sauf celui qui paye le plus… Son business était fait.

Le monopole de l’homme raffiné a duré quelques années,  ça l’a ruiné, consumé dans les bras de la blondinette.

Dans les bains de la maison close, Sherine et sa fille prennent le temps de discuter, se préparant soigneusement, se parant, se parfumant. La conversation tourne souvent autour de la vie qu’elles mènent, jamais de celle que la brune aurait voulu mener, parfois de celle qu’elle aimerait pour sa fille. Et au détour d’un échange, la blonde pousse la curiosité…

- Pourquoi tu m’as gardée ?

La brune avise la blondinette en coin, cherchant dans son regard la suite de ses questions, cherchant son but, son objectif, son enjeu.

- Parce que je le voulais.

Mila étend ses jambes dans l’eau, lissant ses cheveux longs avec une huile parfumée d’une main. Son regard émeraude se perd un instant à la surface pour finalement se reposer, incisif, sur sa mère.

- Et le patron, pourquoi il t’a laissé me garder ?

Sherine étire un long sourire, se rapprochant d’elle pour prendre le relai sur ses cheveux, cachant son amusement dans son dos.

- Tu n’as pas la réponse ? alors réfléchis.

Elle fait la moue, la fille de la danseuse, elle sait très bien que c’est un nouveau test, une nouvelle leçon. Elle n’est pas encore très affutée sur ce chapitre, elle ne comprend pour le moment qu’une seule façon de faire fonctionner le monde. La plus importante certes avec l’argent, mais pas toujours suffisante pour s’en sortir.

- Il t’aime bien ?
- Réfléchis vraiment, ne me sort pas des inepties

Elle est vexée, la fille de la danseuse, du coup, elle ne répond plus. La brune étouffe un rire et lui caresse la nuque du bout des doigts en guise de réponse à sa mine boudeuse.

- Il savait qu’un jour tu travaillerais pour lui, ici. C’était un pari sur l’avenir, et crois-moi il ne le regrette pas

Mila souffle du nez, l’air assez sure de cette affirmation, et plonge sa main dans l’eau pour jouer avec l’ondée, pensive. Elle laisse s’installer plusieurs minutes de silence pendant que sa mère lui natte les cheveux très serré partant du haut du crâne.

- Est-ce tu l’as aimé ?

La brune crispe légèrement ses mains sur les mèches blondes, retient son mouvement quelques secondes, et reprend son tressage d’un geste sûr.

- Autant que je le pouvais.

Mila prend son temps pour poser la prochaine question, semblant longuement peser les conséquences de celle-ci. Elle hésite, gigote, ouvre la bouche, la referme. Sa mère sourit dans son dos, se doutant bien de ce qu’elle demandera, mais ne lui facilitant pas la tâche pour autant.
Pourtant c’est bien la surprise qui se lit sur le visage de Sherine quand sa fille choisit finalement sa question.

- Et lui, il t’aimait ?

La danseuse finit de coiffer la blonde sans un bruit, il n’y a pas d’hésitation dans le choix des mots. Elle attend de voir si sa fille en restera là, si elle enchérira sur autre chose, sur une précision. La nature a horreur du vide, mais ces deux-là sont d’une nature différente. Elles se murent dans un mutisme qui aurait pu durer indéfiniment si Sherine ne l’avait pas finalement rompu, sachant que sa fille n’ajouterait pas un mot.

- Autant qu’il a payé.


L’exclusivité de l’homme raffiné s’étant terminée sur sa faillite, une nouvelle lutte s’est imposée auprès du patron. Mais la blondinette était déjà désintéressée par cette idée.
En attendant que son sort soit fixé, elle dansait.

Ses pas sont plus surs, son assurance est encore montée d’un cran, et ses dispositions en tant que danseuse sont maintenant connues et reconnues de la clientèle aisée du bordel.
Se produire régulièrement sur scène pour s’affirmer, pour égoïstement se faire plaisir et captiver, séduire, tenter lui plaisait. Echapper aux mains qui frôlent, aux gestes qui essayent de la retenir, rire d’un nobliau qui essaye de la revendiquer.

Et fuir, quand le moment est venu de rencontrer son prochain pygmalion.

Mila entre dans la chambre de sa mère et jette des bracelets sur le lit.
Elle sort d’une armoire un sac déjà plein et fourre son butin à l’intérieur. Ca fait déjà quelques temps qu’elle vole un ornement de ses consœurs par ci-par là pour préparer son départ. Quelques temps qu’elle se rapproche d’un mécène ou deux pour leur soutirer de l’or. Dans l’idée d’obtenir ses faveurs et qu’elle intercède dans les négociations en cours avec le patron, beaucoup lui ont glissé quelques pièces.

Sherine entre dans la pièce sans un mot et referme la porte à clé derrière elle. Le regard inflexible, elle se débarrasse de 2 bracelets, un de chaque poignet, et les dépose sur le sac de sa fille.
La blonde lève le regard sur elle et lui sourit. Un sourire plein de tendresse, et d’autre chose, qui n’a jamais porté de nom entre elles. Quelque chose qu’elles n’ont jamais dit, prononcé, exprimé.

Le temps que sa mère aille chercher une soierie ou deux dans le placard, Mila les emballe à part dans une étoffe avant de les caler dans le sac. Ceux-là, elle ne les vendra pas, ne les échangera pas, ne s’en séparera pas. C’est une certitude qu’elle a, une des rares qui lui restera dans le temps.
Une tenue de danseuse vient rejoindre son sac, et permet de caler tous ces objets cliquetants au moindre pas.

La fille de la danseuse déposé le sac sur une épaule et jette un long regard à sa mère qui la détaille avec une fierté et un calme implacable. C’est Mila qui rompt le silence la première.

- Peut-être un conseil ?
- N’oublie jamais, si c’est sa vie ou la tienne, toujours la tienne.

Mila étire un sourire avant de se tourner vers le balcon qui donne sur la rue. Elle s’en va.
Mais Sherine prononce une dernière question avant de la laisser s’envoler.

- Tu ne veux pas savoir pour ton père ?

La blonde s’arrête, un pied sur la barrière et penche la tête vers sa mère, son regard la sondant, cherchant son but, son objectif, son enjeu.

- Il sait que j’existe ?
- Non
- Alors pourquoi je voudrais savoir ?

Mila sourit à sa mère et prend appui sur la rambarde pour sauter souplement de l’autre côté et atterrir sur la rue principale du quartier riche de Shadizar et s’en aller en trottinant, perdant facilement sa petite taille dans la foule qui déambule.
Sherine la contemple, relevant le menton pour la suivre des yeux le plus longtemps possible, le regard gonflé d’orgueil.
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