Dans les Brumes du Vanaheim

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Dans les Brumes du Vanaheim

Message par Grinda le Jeu 5 Oct - 14:22

Le soleil était bas ce matin, il peinait à décrocher la brume du flanc de la montagne où ils étaient installés. Le village s’éveillait, s’activant déjà des préparatifs de l’hiver. La carrure massive de Halldis traversait le village pour rentrer chez lui, les fourrures ajoutées sur ses épaules le rendaient plus large encore. Il était jeune et solide, un gaillard du nord bien bâti, s’il était plus petit que beaucoup, il était plus baraqué que tous. Ses bras étaient comme des troncs, et sa barbe d’un roux flamboyant était ce matin presque aussi hirsute et indisciplinée que ses cheveux de feu, plus rouges que roux.

Les plus matinaux étaient déjà dehors et la placette du village commençait à voir beaucoup de passage. C’est à peu près à ce niveau, que son sourire s’élargit, il pouvait reconnaître l’odeur de sa cuisine entre mille et ça embaumait jusque là. Il pressa le pas, son estomac réclamait un petit déjeuner digne de ce nom avant de se mettre au travail après une nuit agitée. Son sourire s’élargit et il avala ce qui restait de chemin en quelques enjambées d’un pas plus énergique.

Il entendit les garçons en train de se chamailler alors qu’il s'apprêtait à ouvrir la porte. Une main à plat il en poussa le bois, mais elle resta close. Il poussa plus fort pensant que le bois avait pu travailler. Il entendit le bruit de la barre qui la bloquait de l'intérieur.
Il fronça les sourcils, puis se résolu à frapper.


“Ho Femme, c’est moi !”
Derrière la porte, on enleva la barre.

“Les garçons, allez me chercher du miel chez Finna.”

A l’ouverture, en croisant le regard gris d’acier de la maîtresse du foyer, il sentit que les choses tournaient mal. Quand elle ne s'effaça pas de l’encadrure pour le laisser passer, il sut qu’il y avait un problème. Déjà les deux garçons se faufilaient sous le bras de leur mère et filaient en cavalant saluant brièvement leur père.
Elle était grande, presque plus que lui, mais face au colosse elle était épaisse comme une brindille. Elle avait l’air frêle dans l’encadrure face à l’énorme rouquin. Elle se tenait pourtant droite et fière, maintenant toujours la porte.


-“Femme, laisse moi entrer.”

Elle le fixait toujours et ne bougeait pas d’un cil. La voix fut catégorique et ferme.

-“Non.”

Halldis commença à s’agiter, il sentait les regards sur son dos. Il parla plus bas, comme une confidence, presque adouci derrière ses airs de brute.

-“Gri, rentre on va parler.”

La femme était fermement plantée sur le seuil de sa maison, nullement impressionnée par le Vanir.

-”C’est mon foyer, et tu n’entreras pas.”

-”Grinda, réfléchis bien à ce que tu vas faire Femme. Et cesse, tout le monde nous regarde.”

A la mention du regard des autres, la Vanir se tendit un peu, cette fois la colère envahit son visage en plus de son regard glacé.

-” Et bien qu’ils regardent et qu’ils entendent aussi !” Elle haussa le ton ”Tu n’es pas le bienvenu dans mon foyer, je n’ai que faire d’un homme pas foutu d’honorer sa femme quand elle en a le désir et qui revient de raid la besace presque vide.”

Elle hurlait presque maintenant, d’une voix sonore et autoritaire, sans faillir. Toute la place s'était figée.

-”Va donc chez la Alfdis, voir si elle est toujours prête à t’ouvrir son lit maintenant que ta femme te refuse sa maison.”

Et elle ferma sa porte d’un claquement au nez du Vanir furieux, mais surtout honteux, planté devant sa propre porte devant tout le village désormais silencieux.


Dernière édition par Grinda le Jeu 30 Nov - 22:19, édité 1 fois
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Re: Dans les Brumes du Vanaheim

Message par Grinda le Jeu 30 Nov - 22:16

Un peu plus tard, dans un refuge de chasse à flanc de falaise, Halldis se réchauffait à la lueur d’un maigre feu.


Bordel comment j’en suis arrivé là, à m’geler l’cul comme une chiure d’géant du givre ? Ca fait quoi, sept ans qu’on est mariés. Pas qu’j’ai trop eu mon mot à dire sur l’coup. J’étais l’seul pas promis à peu près en âge quand les jarls ont trouvé l’arrangement. Faut dire qu’l’hiver qui s'annonçait cette année là s’promettait rude. Si les villages voulaient être en état d’raid à la belle saison, la Volvä avait dit qu’il fallait qu’ça s’arrête. J’étais pas trop ravi qu’ça tombe sur ma pomme pour l’coup, surtout qu’il a fallu attendre deux ans qu’la gamine soit en âge. J’t’en foutrais. ‘Fin s’sont pas trop foutus d’notre gueule, la fille d’un Berserk, l’meilleur guerrier d’leur village. F’ra d’beaux enfants qu’elle a dit la Volvä. Moi, j’étais d’jà un solide gaillard et j’avais quelques raids à mon actif.
Bref autant vous dire qu’au village j’ai dû m’la foutre sur l’oreille pendant deux ans, p’tain j’étais motivé pour partir en raid ! Ca c’est sur ! J’soupconne même l’jarl d’avoir compté d’ssus.


Il remua sa carcasse, allongeant le bras pour récupérer le lapereau moitié brûlé qui cuit aux flammes, et grogna en mordant dedans.


Dire qu'à la maison, l’ragoût doit embaumer la moitié du village encore. ‘Rdel c’est qu’elle cuisine bien la Grinda. L’premier truc que j’ai vu d’elle c’est son père. Un colosse comme on en voit pas souvent, ‘vec ses crocs d’ours gravés pour orner la tunique. Sûr qu’j’étais pas aussi large à l’époque ! Même si d’nos jours j’suis même pas sûr qu’j’l’ouvrirais plus, tell’ment qu’il était large. La dot était d’taille, mais la gamine de valeur. Et surtout, c’était gage de paix. C’te bout d’rouquine pas finie, qu’avait d’jà des yeux aussi gris qu’un jour d’neige et aussi brillants qu’l’acier poli. Elle lui arrivait même pas au coude bordel ! Un brin d’rousse qu’avait plus d’taches de son que d’poils au cul ! Mais c’regard, il vous f’sait d’jà passer l’envie d’l’ouvrir. Pis les bras du père épais comme mes cuisses, aussi, ça à l’don d’vous faire fermer votre gueule. Mais j’l’ai défié quand même, pour lui prouver qu’sa fille aurait une bonne place au Valhalla grâce à moi. J’ai pris une peignée, mais visibl’ment moins qu’il pensait, l’est r’parti ‘vec le sourire et satisfait.


Il gratta sa barbe hirsute, alors qu’il jettait les petits os dans les flammes, l’estomac grognant encore d’un repas trop frugal, serrant la mâchoire en s’en faire grincer les dents de rage.


En deux ans, elle a poussé d’partout pis bin comme il faut là où y faut. Un joli brin d’fille la Grinda. Moi aussi j’avais poussé, en large surtout, j’étais d’venu aussi baraque qu’l’était l’père. Sur l’coup j’me suis presque dit qu’ça avait valu l’coup d’attendre. Avant l’banquet, tout l’monde était tendu comme une baliste aquilonienne. Faut dire qu’ça d’vait faire cinq générations qu’on s’foutait sur la gueule, on avait tous perdu un frère, un père ou un fils. Et ça s’finissait comme ça, à m’refiler c’te brin d’fille rousse comme un coucher d’soleil. ‘Rdel, ces yeux gris y’avait d’dans toute la colère d’son clan. Même après qu’la troisième fournée d’tonneaux soit mis en perce, j’étais pas bin sûr qu’elle m’étrip’rait pas d’la bite à la gorge dans la nuit. J’me suis posé la question d’tout l’long du ch’min en la portant à la hutte. J’la vois encore s’planter au milieu pour l’examiner avec son air furax. J’vois encore son r’gard quand elle s’est plantée d’vant moi. J’ai vu toutes les glaces du Vanaheim y défiler, tell’ment qu’j’ai bin mis cinq minutes à r’marquer qu’elle s’était dessapée. J’ai pigé qu’une fois qu’elle m’a foutu l’cul a l’air. Sept jours d’hydromel pour consommer l’mariage, elle était pas farouche la Grinda, pis à ch’val sur la tradition. Sept jours, pis la nuit par d’ssus l’marché. Quand j’suis r’ssorti d’là j’étais rincé. J’les vois encore tous à s’foutre d’ma gueule, ‘rdel j’aurais bin aimé les y voir moi. J’rev’nais d’raid plus vaillant qu’ça.


Le vent s’était levé dans la montagne, charriant avec lui les premières neiges de l’hiver à venir. L’armoire à glace de Vanir s’enferma dans ses fourrures, et s'allongeant contre l’abri, se prépara à une nuit des plus rudes. Il grogna en cherchant son confort sur le sol dur, maudissant tout bas sa femme, Ymir, les traditions et ce foutu hiver.


‘Sûr qu’elle m’laissait pas faire du gras pendant l’hiver. ‘Rdel cet hiver là, tous les Vanirs en auraient rêvé, même les autres jeunes mariés. Ca pour pas être farouche, elle était pas farouche la Grinda, et fich’trement endurante avec ça. Quand j’avais encore l’sentiment d’avoir deux ans à ratrapper, ‘sûr qu’j’étais bien content. Pis j’me suis dit qu’après l’premier garçon, ça s’calm’rait. Mais à chaque fois que j’rentre d’raid, c’est la même. Elle m’saute d’ssus comme une ourse affamée, en s’arrangeant toujours pour qu’les garçons soient chez ma mère, chez la voisine ou j’sais pas où. Pas que j’me plaigne de l'accueil. T’jours une marmite sur le feu, et par toutes les lance d’Hyboria, sa boustifaille à la Gri’ ! T’jours du bois d’jà rentré, la maison t’nue et chaleureuse. T’es vernis qu’il disent, avec une femme pareille. Toujours un sourire pour t'accueillir, parce que oui elle a ré-appris à sourire d’puis l'aîné.  Mais quand qu’elle s’plante devant toi, la rouquine, avec toute la fureur des glaces dans l’regard, j’aimerais bien les y voir moi. Elle te f’rait dég’ler les couilles d’Ymir en personne. Alors ouais, j’suis allé chez la Alfdis, plus souvent qu'à mon tour. ‘Rdel, c’est quand même pas la mer à boire d’vouloir dormir après avoir tiré un coup, au moins elle dort … elle ! J’suis quand même rev’nu tous les jours, au p’tit matin ! Pis toute la journée ! Bon sûr ..qu’j’ai pas honoré son lit… Pis merde les raids ils ont été mauvais pour tout l’village c’t’année.


Alors qu’il tournait et virait, l’estomac gronda encore, protestant d’avoir faim alors que la nuit était tout à fait tombée. Déjà le feu n’éclairait presque plus.


M’virer, d’chez moi… D’main j’y r’tourne, on va causer. J'enverrais les garçons chez l'ancienne, pis ouais on va causer, à la chaleur d’son feu, des fourrures d’la table du pieu et du reste. Pis elle m’laiss’ra r’venir. S’rendent pas compte les autres, j’aimerais bien les y voir. Mais j’suis sûr qu’il y en a pas un qui f’rait pas pareil pour sa bouffe. Ouais, pour sûr. J'suis sûr qu'même un Aesir se damn'rait pour son putain d'ragoût.


Fort de ses résolutions du lendemain, Halldis s’égarait dans ses réflexions, au point que du feu il ne resta bientôt que des braises sous la cendre, qui tenaient tout juste chaud. Il n’avait pas entendu l’ourse approcher, ses deux petits dans ses pas, il n’y avait pas prêté garde. Bientôt l’hiver sera là, il faudra hiberner, faire des réserves de graisse pour passer le froid. C’est donc face à la gueule grande ouverte de l’ours qui se refermait sur sa gorge qu’il repris ses esprits, d’un hurlement de terreur que l’ourse fit taire en resserrant l’étau de sa mâchoire sur le colosse qui, à l’heure de sa mort, laissa la peur le prendre dans le déshonneur.
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